Quand l’art devient une arme contre la haine
Lors de la discussion en ligne intitulée « L’art se souvient : la culture comme témoin et moyen de prévention », des créateurs et experts du monde entier ont examiné comment l’expression artistique peut à la fois banaliser la haine et favoriser sa déconstruction, contribuant ainsi à la réconciliation.
Les échanges ont porté sur les héritages de la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage, de la Shoah, du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 et du génocide de Srebrenica en 1995. En ouverture de l’événement, Chaloka Beyani, Conseiller spécial des Nations Unies pour la prévention du génocide, a souligné que le discours de haine est un « signe d’alerte précoce » annonçant souvent des crimes atroces tels que les crimes contre l’humanité et le génocide. Il a appelé à une vigilance accrue face aux récits façonnant les sociétés.
Pour Valika Smeulders, responsable du département d’histoire au Rijksmuseum, les institutions culturelles peuvent devenir des espaces pour affronter et revisiter les histoires de domination. En s’appuyant sur l’exposition Esclavage : dix histoires vraies de l’esclavage colonial néerlandais, elle a évoqué des récits de femmes ayant caché du riz dans leurs cheveux avant de traverser l’Atlantique, permettant de voir les personnes réduites en esclavage non seulement à travers leur souffrance, mais aussi comme des individus dotés d’une identité.
La discussion s’est tenue le 19 juin, jour de « Juneteenth », qui commémore l’émancipation des personnes réduites en esclavage aux États-Unis en 1865, et faisait partie du programme des Nations Unies pour la Journée internationale de la lutte contre les discours de haine.
Le clarinettiste israélien Nur Ben Shalom, co-créateur du projet Lebensmelodien, a décrit la musique comme une forme de mémoire et de résistance. Il a affirmé que l’art, loin d’être neutre, est une puissance secrète qui touche directement le cœur.
L’acteur et dramaturge rwandais Diogène « Atome » Ntarindwa a rappelé le rôle de la RTLM dans la diffusion de messages de déshumanisation avant et pendant le génocide de 1994. Dans sa pièce Hate Speech, il reconstitue les mécanismes de cette propagande, montrant comment l’art peut exposer les ressorts de la haine.
Pour l’artiste bosno-américaine Aida Šehović, l’art peut également ouvrir un chemin vers la guérison collective. Son projet ŠTO TE NEMA, qui rend hommage aux victimes du génocide de Srebrenica, transforme la commémoration en un acte collectif, faisant passer la mémoire du deuil individuel à une responsabilité partagée.
Cette discussion s’inscrit dans le cadre du cycle de l’ONU Beyond the Long Shadow: Engaging with Difficult Histories, consacré aux héritages de la traite transatlantique, de la Shoah, du génocide des Tutsi au Rwanda et du génocide de Srebrenica.
Source : Les Nations Unies
