La DGSI ferme la porte à Palantir : quel est ce géant américain de la surveillance ?
C’est un véritable virage qu’opère le gouvernement français. Palantir collabore avec les services secrets français depuis 2016 et a vu ses contrats renouvelés trois fois, en 2019, 2022 et 2025. Le 27 mai dernier, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, justifiait ce renouvellement en affirmant que « les capacités de traitement des données dans des conditions optimales » proposées par Palantir sont « les seules capables de répondre au cahier des charges de la DGSI ». Cependant, au même moment, le Bundeswehr, les services secrets allemands, se tournait vers la société française Chapsvision, soulignant la nécessité de se sevrer des capacités de calcul de Palantir, malgré leur efficacité, pour favoriser une interdépendance européenne.
Fondée en 2003 par le fonds d’investissement de la CIA, Palantir développe des logiciels spécialisés dans le traitement et l’analyse de données, en s’appuyant sur des technologies d’intelligence artificielle. L’entreprise s’est imposée comme un acteur clé des services de sécurité, de défense et de renseignement européens, avec des applications allant de la surveillance généralisée à l’automatisation de la reconnaissance faciale.
Palantir a été cofondée par Peter Thiel, milliardaire et cofondateur de PayPal, et Alex Karp, qui défend ouvertement une militarisation accrue des États-Unis. Leur proximité avec l’administration Trump a suscité des controverses, accentuées par un glissement idéologique jugé antidémocratique.
Le 18 avril, Palantir a publié un manifeste sur X, exprimant ses ambitions pour l’Occident. Celui-ci promeut un patriotisme se réclamant des attentats du 11 septembre 2001 et un exceptionnalisme américain, tout en exprimant des opinions controversées sur la valeur des cultures. Le manifeste appelle également à abandonner certains principes démocratiques au profit d’une volonté de puissance de l’Occident.
Cette publication a suscité des inquiétudes dans les médias et sur les réseaux sociaux, y compris parmi des personnalités françaises d’extrême droite. De nombreuses voix, habituellement dissonantes, semblent désormais plaider pour une prise de distance vis-à-vis des idées avancées par Palantir. Ces critiques ont-elles influencé la décision du gouvernement français de mettre un terme à sa collaboration avec l’entreprise ?
Source : Le Progrès
