Voitures-radars : 8 PV sur 10 sont invalides

Voitures-radars : 8 PV sur 10 sont invalides

Un système défaillant à 79 % de taux d’échec

Depuis leur déploiement en 2018, les voitures-radars privatisées montrent un bilan préoccupant. Selon les chiffres officiels de la Sécurité routière et du ministère de l’Intérieur pour 2024, près de 80 % des procès-verbaux générés par ces dispositifs sont annulés. Sur 3,5 millions de flashs enregistrés, seulement 740 000 avis de contraventions ont été émis, laissant près de 2,76 millions d’infractions sans suite. Ce taux de rebut de 79 % remet en question l’efficacité d’un système confié à des entreprises privées.

La Ligue des Conducteurs (LDC), une association de défense des automobilistes, a analysé ces données officielles, mettant en lumière un gaspillage financier et opérationnel qui soulève des interrogations sur la pertinence d’un tel dispositif.

L’effondrement d’un modèle pourtant prometteur

L’inefficacité actuelle contraste fortement avec les résultats de la phase de test. Début 2020, le ministère de l’Intérieur rapportait que durant les dix premiers mois de 2019, seulement 6 % des voitures-radars étaient conduites par des chauffeurs privés, mais avaient généré 733 634 avis de contraventions à partir de 1 013 320 messages d’infractions. À cette époque, 70 % des flashs se transformaient en PV, contre à peine 20 % aujourd’hui.

Au lancement, quelques véhicules en Normandie avaient réussi à flasher un million de fois en dix mois. Quatre ans plus tard, avec 60 voitures-radars déployées sur le territoire hors Île-de-France et Corse, le nombre de flashs atteint 3,5 millions sur une période de douze mois, tandis que le nombre de PV émis reste similaire à celui de 2019. Cette stagnation soulève des questions sur la qualité du matériel, la formation des opérateurs privés et la fiabilité des procédures de traitement des infractions.

Les promesses oubliées de réaffectation des forces de l’ordre

En 2017, Emmanuel Barbe, alors délégué interministériel à la Sécurité routière, justifiait la privatisation des voitures-radars par une réallocation des forces de l’ordre, prévoyant de libérer du temps de travail pour 400 emplois temps plein. Cependant, les chiffres montrent qu’en 2017, 10,1 millions de contrôles d’alcoolémie étaient effectués, tandis qu’en 2024, ce nombre a chuté à 8,4 millions. Bien que les dépistages de stupéfiants aient augmenté, les contrôles globaux restent en deçà des niveaux de 2017.

120 millions d’euros perdus en 2024

L’inefficacité opérationnelle a un coût économique significatif. La Ligue des Conducteurs estime qu’avec un PV moyen de 62 euros, le taux de rebut de 79 % représente environ 120 millions d’euros que l’État n’a pas perçus en 2024. Ce manque à gagner aurait pu alimenter les caisses publiques, mais s’est perdu dans les failles d’un système défaillant.

Le potentiel de rentabilité théorique des voitures-radars privatisées demeure élevé. La LDC avance que le bénéfice net pourrait atteindre 697 000 euros par véhicule par an, si le système fonctionnait correctement. Néanmoins, la question se pose : pourquoi multiplier les voitures-radars si 80 % des flashs ne donnent rien ?

Trois fois plus d’échecs que les radars fixes

Le taux de rebut des voitures-radars privatisées est trois fois plus élevé que celui des radars fixes, qui est de 26,4 % selon le rapport d’activités 2024 de l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions (ANTAI). Cette différence indique que le problème ne réside pas dans la technologie radar elle-même, mais dans la mise en œuvre du dispositif externalisé.

Le silence révélateur du ministère de l’Intérieur

Le ministère de l’Intérieur n’a pas fourni d’explications sur l’effondrement du taux de transformation des flashs en PV, laissant planer le doute sur sa capacité à corriger les défaillances du système. Les données publiques, vérifiables, montrent qu’un dispositif censé améliorer la sécurité routière produit massivement des infractions non suivies, générant un gâchis financier estimé à 120 millions d’euros par an.

Dans un contexte de finances publiques tendues, le maintien des voitures-radars privatisées dans leur forme actuelle semble de plus en plus difficile à justifier. La LDC appelle à leur suppression, arguant qu’elles représentent une dérive de la répression routière, déconnectée des objectifs de prévention.

Source : Ligue des Conducteurs, Sécurité routière, ministère de l’Intérieur

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