Vivre sur la Lune avant d’aller sur Mars : le grand défi des astronautes
Recycler l’eau, produire de la nourriture, préserver la santé des équipages : avant d’envisager un voyage vers Mars, les astronautes devront apprendre à vivre loin de la Terre. Ce défi commence sur la Lune, où le CNES a identifié cinq défis majeurs à relever. Sébastien Barde, sous-directeur Exploration et Vols habités au CNES, nous éclaire sur cette nouvelle ère de l’exploration spatiale.
Pourquoi revenir sur la Lune plus de cinquante ans après les missions Apollo ?
Il y a cinquante ans, l’objectif principal des missions lunaires était politique, dans le cadre de la compétition entre les États-Unis et l’Union soviétique. Une fois cette course remportée, l’intérêt pour la Lune a diminué. Aujourd’hui, une nouvelle dynamique émerge avec les ambitions lunaires des États-Unis et de la Chine, ce qui explique l’accélération des projets. Toutefois, l’objectif ultime reste Mars.
La Lune, une étape incontournable
Les missions vers Mars diffèrent considérablement des vols habités actuels, qui se déroulent à environ 400 kilomètres de la Terre avec des possibilités de ravitaillement. Mars, située à plus de 50 millions de kilomètres, nécessiterait environ trois ans de mission, rendant impossible tout secours rapide en cas de problème. La Lune, à 400 000 kilomètres, sert donc de terrain d’expérimentation idéal pour reproduire certaines contraintes des missions martiennes tout en restant accessible.
Apprendre à vivre loin de la Terre
Les astronautes actuellement reçoivent régulièrement des provisions et de l’eau. Sur Mars, cela ne sera plus possible. Il sera crucial d’apprendre à recycler chaque ressource, produire de la nourriture, réparer le matériel sur place et prendre des décisions de manière autonome. De plus, les communications seront affectées par des délais de transmission pouvant atteindre vingt minutes dans chaque sens.
Cinq défis technologiques majeurs
Le CNES a identifié cinq domaines prioritaires de recherche. Le premier est le recyclage des ressources, visant à créer des systèmes capables de récupérer et de réutiliser l’eau, l’air et les déchets. Le second concerne les robots assistants, qui pourront transporter du matériel et explorer les environs. Le troisième axe se concentre sur la santé, avec des travaux sur le diagnostic précoce et la télémédecine. Le quatrième domaine vise à exploiter les ressources locales, comme la glace et la régolite. Enfin, l’intelligence artificielle sera essentielle pour aider les astronautes à prendre des décisions sans dépendre des centres de contrôle terrestres.
Les défis humains des missions de longue durée
La technologie seule ne suffit pas. La réaction du corps humain à une mission de trois ans dans l’espace reste incertaine. De plus, l’isolement psychologique sera un facteur déterminant. Les astronautes verront la Terre comme un point lumineux, sans possibilité d’assistance rapide. Ainsi, le suivi médical à distance et le bien-être des équipages sont des priorités.
L’alimentation, un enjeu stratégique
L’alimentation est cruciale pour garantir l’équilibre nutritionnel, la santé et le moral des astronautes. Produire des aliments variés avec peu de ressources est essentiel. Des serres expérimentales sont en développement pour cultiver différents types de végétaux dans des conditions confinées.
Des technologies spatiales utiles sur Terre
Les recherches menées pour ces missions pourraient avoir des applications concrètes sur Terre, notamment dans le recyclage de l’eau, l’agriculture durable et la télémédecine. Les futures bases lunaires serviront également de laboratoires pour apprendre à vivre durablement dans des environnements contraints, avec des retombées potentielles pour relever certains défis terrestres.
Source : RFI
