Vente de biens immobiliers : comparaison entre Lyon et Bordeaux dans le marché actuel.

« Comme si je vendais à Lyon ou à Bordeaux »

(Béziers, France) Dans la chaleur du sud de la France, Thibaut Ramalhosa perce les ouvertures d’un futur lampadaire d’aluminium. Pas besoin de traverser l’Atlantique pour voir le résultat : ils seront bientôt installés sur le terrain d’une maison des aînés de Québec.

La PME Technilum, son employeur, exporte de plus en plus de ses produits haut de gamme vers le Canada.

Et elle n’est pas la seule. L’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne fête ses 10 ans cette année avec des résultats convaincants. Entre 2016 et 2025, la valeur des échanges entre le Canada et les pays de l’Union européenne a augmenté de 81 %, selon les données du Conseil européen. Et le Vieux Continent a su mieux profiter de ce nouvel environnement d’affaires que le Canada, le déficit commercial continuant à se creuser au rythme de la croissance des échanges.

PHOTO PHILIPPE TEISCEIRA-LESSARD, COLLABORATION SPÉCIALE

Johnny Lambert, employé de Technilum, transporte des pieds de lampadaire.

L’AECG, qui est entré en vigueur de façon préliminaire en 2017, abolit la quasi-totalité des droits de douane entre les pays, en plus de forcer des alignements réglementaires favorisant le commerce. Il ouvre aussi les appels d’offres publics aux entreprises de l’autre partenaire.

« On se disait que vendre des produits d’aluminium à des Canadiens, c’était un peu comme vendre du pétrole aux Arabes », dit à la blague Agnès Jullian, propriétaire et présidente de Technilum. Son entreprise avait déjà commencé à exporter vers le Canada avant la signature de l’AECG, mais l’entente a supprimé les droits de 7 % qui plombaient ses affaires. « Évidemment, ça a amélioré notre performance sur le marché », constate la femme d’affaires.

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    Les bornes commercialisées par ESII

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    Olivier Dufour imprime une pièce destinée à une succursale de la LCBO, en Ontario.

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Non loin de Béziers, à Montpellier, la petite firme ESII parie elle aussi sur le Canada pour croître. Les bornes d’accueil qu’elle vend pour aider les établissements à gérer le flot de visiteurs sont déjà installées à l’hôpital Sainte-Justine, dans les bureaux des arrondissements de la Ville de Montréal et chez Loto-Québec, entre autres.

Au moment du passage de La Presse, un ingénieur faisait imprimer une pièce en 3D spécifiquement destinée à un contrat pour la LCBO ontarienne. L’équipe de Montréal appelait en vidéoconférence pour faire le point sur les contrats à venir.

PHOTO PHILIPPE TEISCEIRA-LESSARD, COLLABORATION SPÉCIALE

Laurent Ventura, copropriétaire et directeur général de la firme ESII

Le gros avantage de l’AECG, c’est que les frais de douane sont quasiment équivalents à zéro et ça, c’est un vrai plus. Certes, il y a les taxes locales, mais sinon, c’est comme si moi, je vendais demain à Lyon ou à Bordeaux.

Laurent Ventura, copropriétaire et directeur général de la firme ESII

« Pour une PME française ou européenne, c’est quand même très facile de faire des affaires au Canada », souligne M. Ventura.

L’Europe s’est saisie de l’AECG

Le ministre français de l’Économie est lui-même un habitué des échanges Europe-Canada. Roland Lescure a vécu à Montréal de 2009 à 2017 avant de rentrer en France pour se lancer en politique avec Emmanuel Macron.

En marge d’une entrevue avec La Presse dans son bureau de Bercy, plus tôt cet été, le ministre a esquissé un bilan « très positif » de l’entente.

« C’est vrai que l’Europe et la France se sont saisies de l’AECG, a-t-il indiqué. Les exportations de fromage, de vin, les exportations en général ont augmenté fortement. »

PHOTO RENAUD LABELLE, COLLABORATION SPÉCIALE

Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances de France, en entrevue avec notre collaborateur

Les Français et les Européens [les Français en particulier] ont vite compris que le Canada, le Québec, c’était une bonne porte d’entrée pour l’Amérique du Nord. Donc ils y sont allés à fond.

Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances de France

En Europe, les filières agroalimentaires, textiles, chimiques et pharmaceutiques ont particulièrement profité du libre-échange.

Du côté canadien, les industries de l’énergie (gaz et pétrole) et des matières premières ont vu leurs exportations bondir. Les éleveurs européens craignaient de voir le bœuf et le porc canadiens déferler sur les étals des supermarchés, mais les règles sanitaires européennes sur la viande aux hormones bloquent la quasi-totalité de ces exportations.

« Je pense que le Québec s’est beaucoup intéressé à la France et à l’Europe, peut-être que l’Ouest du Canada un peu moins, c’est peut-être pour ça que c’est un peu plus asymétrique, a continué le ministre. Et puis à l’époque, vous avez le voisin du dessous qui importait à peu près tout ce que vous vouliez exporter. Ça, ça a changé. Les exportations canadiennes vers l’Europe vont sans doute s’intensifier dans les années qui viennent. »

« Ça donne un cadre »

Parce qu’après des débuts dans l’ombre, l’AECG est désormais au cœur des ambitions de diversification des marchés mises de l’avant par le gouvernement Carney. Et le Canada devient subitement un marché d’exportation beaucoup plus intéressant.

Depuis la dernière année, avec la politique de diversification des marchés, on sent vraiment que le CETA [acronyme correspondant au nom en anglais de l’accord] est utilisé à plein pot par les entreprises canadiennes.

Gacia Kazandjian, présidente de la Chambre de commerce France-Canada

« C’est vrai qu’au début, il y a 10 ans, je vous aurais dit qu’il y a plus d’engouement de la part des sociétés françaises qui vont exporter vers le Canada », analyse Mme Kazandjian.

L’engouement est toujours là, renouvelé par l’instabilité du géant américain. « Quand on dit à un chef d’entreprise qui veut faire des affaires en Amérique du Nord que les droits de douane au Canada sont supprimés alors que le voisin du Sud est en train d’en mettre, c’est sûr que ça positionne encore mieux le Canada », rapporte Élodie Relier, directrice générale de Business France pour le Canada, en entrevue avec La Presse. Cette agence publique aide les entreprises de l’Hexagone à faire des affaires ailleurs dans le monde.

Laurent Ventura, d’ESII, lui, va « attendre que Trump s’en aille » avant d’investir de l’énergie pour développer le marché américain. « Un accord comme le CETA, pour une PME française, ça nous donne un cadre », ajoute-t-il. « Peut-être qu’avant Trump, on se serait dit que c’était un accord politique comme un autre. Mais aujourd’hui, on le voit, il y a des tensions partout. Ça crée une sécurité au niveau politique », une assurance contre les turbulences tarifaires.

Pas une panacée

Pour autant, l’accord de libre-échange n’est pas une panacée.

D’abord, c’est toujours sa version provisoire qui est en application, puisque les Parlements nationaux sont encore peu nombreux à l’avoir ratifié en Europe. Les règles d’approbation des traités par l’Union européenne ont toutefois changé dans la dernière décennie, protégeant le traité et rendant un peu superflue cette nouvelle ronde d’approbation.

Ensuite, les chefs d’entreprise rencontrés par La Presse asnt que l’AECG « ne remplace pas l’équipe locale », comme le dit Frédéric Ventura, d’ESII. « Les grands groupes, ils peuvent avoir 200-300 personnes à l’international. Ici, l’international, c’est moi, c’est [le représentant à Montréal] Fred, c’est un ingénieur à 20 h le soir pour répondre aux problèmes [au Canada]. »

Agnès Jullian a d’ailleurs senti un ralentissement au moment du départ (non remplacé) de son représentant à Montréal. « Pour nous, ça demeure une cible importante. On entretient de très bonnes relations avec des concepteurs de lumières, des paysagistes au Canada », ajoute-t-elle.

Elle est loin dans le rétroviseur la première livraison effectuée au Canada, en 2008, pour un contrat de la Ville de Montréal.

« Pendant la nuit, sûrement parce que le marché devait être [promis] à des fabricants locaux, sinon ça n’aurait pas été aussi ciblé, les conteneurs ont été ouverts, les barres ont été sciées », se rappelle Agnès Jullian, encore abasourdie près de 20 ans plus tard.

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