Vente d’AIRTABLE : qui perd réellement de l’argent dans une sortie à 2,25 milliards de dollars ?

Vente d’AIRTABLE : qui perd réellement de l’argent dans une sortie à 2,25 milliards de dollars ?

Après avoir levé près de 1,4 milliard de dollars et atteint une valorisation de 11,7 milliards de dollars fin 2021 lors de sa série F, AIRTABLE s’apprête à être acquis par l’italien BENDING SPOONS. Toutefois, la décote de 81 % interroge sur la répartition des pertes. Entre la trésorerie nette, les actions préférentielles, les ventes secondaires et les stock-options, une sortie apparemment lucrative peut protéger certains investisseurs tout en laissant les détenteurs d’actions ordinaires en position défavorable.

BENDING SPOONS acquiert AIRTABLE pour une valeur des fonds propres de 2,25 milliards de dollars, dont 965 millions de dollars de trésorerie nette, soit une valeur d’entreprise de 1,285 milliard. AIRTABLE, qui a levé près de 1,4 milliard de dollars et culminé à 11,7 milliards de valorisation en 2021, présente des rendements très variés entre investisseurs historiques et entrants tardifs. Avec 480 millions de dollars de revenus annuels récurrents (ARR) en croissance de plus de 20 %, l’entreprise est reprise pour seulement 2,7 fois ses revenus récurrents, un chiffre qui met en lumière une évolution de produit vers l’IA plus rapide que son modèle économique, encore largement basé sur la facturation par utilisateur.

En décembre 2021, AIRTABLE avait levé 735 millions de dollars sur la base d’une valorisation de 11 milliards de dollars, attirant des investisseurs tels que Franklin Templeton et JPMorgan. Cependant, le retournement des marchés technologiques a mis fin aux espoirs d’introduction en bourse.

Cinq ans après, c’est BENDING SPOONS, récemment coté au Nasdaq, qui a accepté de racheter AIRTABLE. La valeur attribuée aux titres ressort à environ 2,25 milliards de dollars, soit une baisse de près de 81 % par rapport au sommet de 2021.

La valorisation de 2,25 milliards ne représente pas le prix économique de l’activité. AIRTABLE dispose d’environ 965 millions de dollars de trésorerie nette, ce qui signifie que la valeur d’entreprise, mesurant le prix attribué aux opérations elles-mêmes, n’est que de 1,285 milliard de dollars. Cette distinction modifie la compréhension de l’accord, car BENDING SPOONS estime que l’entreprise bâtie avec ces fonds vaut légèrement moins.

Malgré un actif de qualité, le multiple retenu demeure faible. AIRTABLE est valorisé à seulement 2,7 fois son ARR, une situation qui ne traduit pas nécessairement une activité en difficulté, mais reflète une normalisation des multiples du SaaS et l’incapacité d’AIRTABLE à convertir sa transformation technologique en une expansion équivalente de ses revenus.

La valorisation de 2021 était le résultat du prix payé par de nouveaux investisseurs pour une fraction minoritaire du capital, tandis que les 2,25 milliards annoncés correspondent à la valeur estimée de la totalité des titres lors d’une cession de contrôle. Cela complique le calcul des pertes pour chaque actionnaire, car ceux-ci n’ont pas tous investi au même moment.

Dans une sortie décotée, l’ordre de passage est tout aussi essentiel que le prix. Les investisseurs en capital-risque reçoivent souvent des actions préférentielles, leur permettant de récupérer une partie de leur investissement avant les détenteurs d’actions ordinaires. Si les 735 millions de dollars de la série F sont traités comme des actions ordinaires, les investisseurs pourraient récupérer seulement 19 cents par dollar engagé, soit une perte d’environ 81 %.

Cependant, si ces titres bénéficient d’une préférence de liquidation, leurs détenteurs pourraient réclamer jusqu’à 735 millions de dollars avant les actions ordinaires. Ce mécanisme peut modifier considérablement la répartition des pertes.

Les pertes effectives restent difficiles à établir sans connaître les préférences de liquidation et la dilution. Certains fonds ont peut-être déjà déprécié leur participation, rendant la transaction non nécessairement une nouvelle perte comptable.

Les actions de sociétés privées peuvent également changer de mains entre deux tours de financement, brouillant encore plus le bilan. Début 2026, des estimations du marché secondaire faisaient ressortir AIRTABLE autour de 4 milliards de dollars, une acquisition à 2,25 milliards représentant une décote de 44 %.

Les salariés, souvent les derniers servis, détiennent des instruments variés. Leur résultat dépendra du prix versé par action et des clauses d’accélération. La décote réduit non seulement un gain théorique, mais également la contrepartie d’un risque professionnel déjà pris.

Malgré la vente à un prix inférieur, les premiers actionnaires peuvent encore réaliser des gains significatifs, car même une participation fortement diluée peut générer une somme importante lors d’une sortie à 2,25 milliards de dollars.

Enfin, la question persiste : que sait BENDING SPOONS que le communiqué ne révèle pas ? La qualité économique d’AIRTABLE, avec 480 millions de dollars d’ARR et une présence dans 80 % du Fortune 100, devrait théoriquement attirer plusieurs acquéreurs. Cependant, des données manquent pour comprendre pleinement cette valorisation.

Dans ce contexte, il est clair que le prix de vente ne raconte pas la même histoire pour tous les actionnaires. Les fondateurs et certains fonds historiques peuvent encore sortir bénéficiaires, tandis que les investisseurs tardifs et les salariés découvriront ce qu’il reste à la fin de la cascade financière.

Source : FrenchWeb

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