Archéologie : Au large de la Croatie, une épave révèle le plus important trésor d’or byzantin jamais découvert en Méditerranée
Découverte en 2014 à 40 mètres de profondeur au large de l’île de Mljet, une épave byzantine datée entre le VIIe et le VIIIe siècle livre enfin ses secrets. Après dix ans de fouilles sous-marines, les archéologues ont révélé un trésor exceptionnel de plus de 450 grammes d’or, suggérant la présence à bord du navire d’un haut dignitaire de l’Empire byzantin.
Pendant plus d’une décennie, cette épave est restée silencieuse sous les eaux de la mer Adriatique. Les fouilles ont mis au jour une cargaison remarquable de bijoux en or, de pièces de monnaie, d’objets de prestige et de marchandises, éclairant les réseaux commerciaux et diplomatiques reliant Constantinople à l’Italie du Nord.
Un trésor d’or englouti depuis treize siècles
Plus de 450 grammes d’or ont été retrouvés parmi les vestiges du navire, comprenant de nombreuses monnaies, quatre boucles de ceinture ornées d’émeraudes, de rubis et de perles, ainsi qu’une bague sigillaire en or à l’effigie de l’empereur Héraclius (610-641). Ces quatre boucles de ceinture, probablement destinées à des personnages de très haut rang, constituent un ensemble exceptionnel sans équivalent. « C’est une quantité impressionnante d’or, la plus importante jamais découverte sur une épave en Méditerranée », souligne Igor Miholjeck, archéologue de l’Institut croate de conservation. La richesse de ce mobilier suggère que le navire appartenait à un haut dignitaire byzantin, voyageant entre Constantinople et les possessions impériales de l’Adriatique.
Fouiller l’épave a été un défi pour les archéologues, les vestiges étant dispersés à plus de 40 mètres de profondeur sur un fond marin escarpé et rocheux, limitant les plongeurs à une demi-heure par jour sur le site.
Entre commerce, diplomatie et prestige impérial
L’or ne constituait qu’une petite partie de la cargaison au moment du naufrage. Les fouilles ont également révélé des amphores de transport, des cruches, des bols en céramique, des balances de marchands, et des pions de jeu en ivoire. La présence d’objets de prestige évoque une mission diplomatique ou administrative, tandis que les marchandises laissées à bord témoignent d’une activité commerciale sur les grandes routes maritimes reliant Constantinople au nord de l’Italie.
Pourquoi cette épave est-elle considérée comme une découverte exceptionnelle ?
Les épaves byzantines de cette période sont extrêmement rares. Celle de Mljet constitue l’un des très rares témoignages archéologiques des VIIe-VIIIe siècles. Les principales épaves de navires byzantins connues dans cette région datent principalement du XIe siècle. Selon Justin Leidwanger, chercheur à l’université Stanford, « ce site est essentiel pour comprendre comment la Méditerranée était maintenue unie par ses routes maritimes et comment l’empire s’est effondré ». Les chercheurs espèrent identifier l’origine précise du navire, la destination de son voyage et le statut exact des passagers à son bord.
L’Empire byzantin aux VIIe et VIIIe siècles
L’Empire byzantin a prospéré dès le IVe siècle jusqu’à la chute de Constantinople en 1453. Aux VIIe et VIIIe siècles, il traverse une période délicate, perdant successivement des territoires face aux conquêtes arabes. Malgré ces revers, la Méditerranée orientale demeure un espace d’intenses circulations commerciales, diplomatiques et militaires, et les routes maritimes reliant Constantinople à l’Italie restent essentielles au maintien de l’autorité impériale.
Cette découverte fait écho à l’épave byzantine de Marzamemi, découverte en 2013 au large de la Sicile, qui transportait plus de cent tonnes d’éléments architecturaux en marbre destinés à une basilique chrétienne.
Source : Connaissance des Arts


