Un Van Gogh du musée d'Orsay au cœur d'une demande de restitution liée aux spoliations nazies

Un Van Gogh du musée d’Orsay au cœur d’une demande de restitution liée aux spoliations nazies

Accroché depuis quarante ans aux cimaises du musée d’Orsay, Hôpital Saint-Paul à Saint-Rémy-de-Provence de Vincent Van Gogh (1853–1890) pourrait bientôt quitter les collections nationales. Klaus Kallmann, son propriétaire présumé âgé de 98 ans, réclame depuis neuf ans la restitution de cette œuvre que son grand-père, le collectionneur berlinois Felix Kallmann, possédait avant les persécutions nazies. Un flou persistant dans le dossier a jusqu’ici bloqué sa résolution, mais une évolution de la jurisprudence française en matière de spoliation pourrait changer la donne.

Peinte en 1889 durant le séjour de Van Gogh à l’asile de Saint-Paul-de-Mausole, l’œuvre représente au premier plan le docteur Théophile Peyron, médecin de l’artiste, debout à côté d’un grand arbre au tronc noueux. À l’arrière-plan, la façade aux volets verts de l’établissement, sous un ciel bleu, se teinte de jaune vif grâce au pinceau du maître.

Flou historique et absence d’archives

Acquise par Felix Kallmann en 1914 auprès de la galerie Paul Cassirer à Berlin, la toile disparaît des radars entre juin 1932 et début 1934, avant de réapparaître chez le galeriste Paul Rosenberg à Paris. Cette période soulève de nombreuses interrogations.

Pour les héritiers, la collection est encore intacte lorsque les nazis arrivent au pouvoir en janvier 1933, avant d’être dispersée sous l’effet des persécutions antisémites. Les archives montrent que Felix Kallmann, avocat et collectionneur issu d’une famille juive convertie au protestantisme, voit son patrimoine gravement touché par les mes discriminatoires. Son fils Hartmut perd son poste de chercheur, et la famille est contrainte de céder sa villa berlinoise, reconnue depuis 1953 comme une vente forcée.

Cependant, aucune archive ne permet d’établir si le Van Gogh a été vendu avant ou après l’arrivée d’Hitler au pouvoir. La Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945 (M2RS) estime donc qu’il est impossible, à ce stade, de prouver que cette toile fait partie des biens cédés sous contrainte.

Vers de nouvelles mes juridiques ?

Ce flou confère au dossier une portée inédite. Les Principes de Washington de 1998, renforcés par les « Bonnes pratiques » adoptées en 2024 et par une récente décision de la Cour de cassation, encouragent à considérer qu’une vente réalisée par une personne persécutée entre 1933 et 1945 peut être considérée comme une spoliation, même en l’absence de preuve irréfutable de contrainte. Cette évolution du droit est au cœur de l’argumentaire des avocats de Klaus Kallmann.

Le dossier est actuellement examiné par la Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliation (CIVS), qui devrait rendre un avis à l’automne, avant une décision finale du Premier ministre. Au-delà du sort de ce Van Gogh, cette affaire pourrait redessiner les critères d’appréciation des restitutions en France, dans un contexte où les musées réexaminent de plus en plus la provenance de leurs collections.

Source : Beaux Arts Magazine

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *