Il faut sortir du marché de l’attention pour entrer dans une économie de la compréhension
Le modèle médiatique actuel génère une saturation informationnelle croissante, où les contenus se multiplient à un rythme tel qu’ils se neutralisent parfois. Ce qui était pertinent hier peut disparaître dans le flux d’informations du lendemain, faisant ainsi disparaître la hiérarchie de l’information. La visibilité devient un enjeu d’algorithmes, et la valeur des contenus est souvent déterminée par leur capacité à générer des clics et de l’engagement, plutôt que par leur qualité.
Cette dynamique entraîne une obsolescence cognitive, où les connaissances émergentes vieillissent avant même d’être assimilées. Les formats d’enquête se voient remplacés par des contenus rapides, parfois générés par des intelligences artificielles, et les débats se limitent à des séquences éphémères à forte charge émotionnelle.
Les rédactions se trouvent dans une course incessante pour produire du contenu, tandis que les citoyens ressentent une saturation de l’information et que la démocratie peine à maintenir un espace commun de compréhension. Comme l’a souligné Donella Meadows, scientifique pionnière en pensée systémique, un système est « parfaitement conçu pour produire les résultats qu’il produit ». Le constat est clair : ce n’est pas un manque d’information qui pose problème, mais un modèle qui transforme celle-ci en matière périssable.
L’intention des médias est généralement de fournir une information éclairante. Cependant, la structure actuelle récompense la vitesse et la quantité, au détriment de la nuance et de l’esprit critique. Cela crée une surcharge mentale, une fragmentation des connaissances et une perte de confiance, contribuant à une polarisation accrue.
Pour évoluer, il est nécessaire de passer d’une logique de volume à une logique de valeur d’usage. À l’ère de l’IA, il existe un besoin croissant de bases de connaissances fiables et mises à jour continuellement, surtout dans le cadre professionnel. Les médias qui s’adressent à un public professionnel peuvent bénéficier d’abonnements durables, permettant de financer une information critique et vérifiée.
Il est donc impératif de concevoir des modèles d’information qui valorisent l’utilité réelle des contenus plutôt que leur volume. Cela impliquerait de transformer l’information en connaissance durable, intégrant des savoirs évolutifs et interopérables.
Cette transformation pourrait renforcer la confiance des citoyens, réduire la surcharge cognitive et améliorer la qualité des décisions, tant individuelles que collectives. En fin de compte, il s’agit de sortir du marché de l’attention pour entrer dans une économie de la compréhension.
Source : La Croix
