Faire le tour du monde avec ses enfants : une belle aventure qui peut tourner au désastre
Le wordschooling, ou l’“école autour du monde”, connaît un essor significatif, notamment sur les réseaux sociaux. Le hashtag #worldschooling affiche environ 350 000 publications sur Instagram, selon The Guardian. Ce phénomène est en grande partie alimenté par l’essor du nomadisme numérique, qui attirait auparavant principalement les jeunes professionnels indépendants. Aujourd’hui, de plus en plus de familles choisissent d’embrasser ce mode de vie.
Cependant, le quotidien des nomades numériques n’est pas toujours aussi idyllique qu’il n’y paraît. De nombreuses personnes évoquent la solitude, le manque de relations sociales et le stress lié à la gestion du travail à travers différents fuseaux horaires. À cela s’ajoute la responsabilité d’asr l’éducation des enfants, ce qui transforme souvent le rêve d’une vie nomade en un défi intimidant.
Les conséquences du nomadisme numérique sur les enfants sont encore mal connues. Une étude parue dans JAMA Psychiatry révèle que les adultes ayant déménagé fréquemment durant leur enfance présentent un risque accru de dépression par rapport à ceux ayant eu une enfance plus stable. Clive Sabel, chercheur à l’Université de Plymouth et auteur principal de l’étude, souligne l’importance des liens d’amitié et du sentiment d’appartenance, affirmant que “le capital social est primordial et un déménagement le perturbe”.
“Voyager vite et longtemps, ça ne marche pas”
Ce sentiment est partagé par Melissa Wiringi, une Néo-Zélandaise qui voyage avec son mari et leurs quatre enfants depuis 2020. Elle met en garde contre les défis de ce mode de vie, notamment les maladies des enfants, les visas manquants ou l’épuisement des économies. Leur voyage a été ralenti par la pandémie, qui les a contraints à prolonger leur séjour au Vietnam, leur permettant ainsi de tisser des liens avec d’autres familles. Selon Melissa, “voyager vite et longtemps, ça ne marche pas : c’est épuisant pour les parents comme pour les enfants”.
Trouver un équilibre entre l’éducation des enfants, le travail et les plaisirs de l’aventure reste un défi, comme le confirme Sharon Ward, qui a quitté Dubaï en 2020 pour parcourir l’Asie du Sud-Est et l’Amérique centrale avec son mari et leurs deux filles. Elle explique qu’à certains moments, “nous n’avions pas le temps de faire quoi que ce soit d’autre que d’aller d’un point A à un point B”.
La plus jeune de leurs filles a eu des difficultés d’adaptation, manifestant son stress lors des déménagements. Pour y remédier, la famille a choisi de ralentir le rythme de leurs voyages, s’installant finalement à Bali pour une durée d’un an.
Clive Sabel précise qu’il serait erroné de croire que le nomadisme numérique condamne les enfants à la dépression. Bien qu’ils aient besoin de stabilité, celle-ci peut être fournie par les liens familiaux. Il souligne la diversité des expériences, notant que “la moitié des adultes ayant beaucoup voyagé durant leur enfance affirment que c’était la meilleure chose qui leur soit arrivée, tandis que l’autre moitié pense que c’était épouvantable”.
Source : The Guardian, JAMA Psychiatry
