Crise à Ceuta :

Crise à Ceuta : « Dehors les fachos ! » Les tensions explosent dans l’enclave espagnole

À Ceuta, l’arrivée massive de plus de 60 000 migrants a déclenché une crise migratoire sans précédent. La situation a été exacerbée par la venue de figures de l’extrême droite espagnole, comme Alvise Pérez, eurodéputé du groupe Núcleo Nacional, provoquant une mobilisation citoyenne contre l’instrumentalisation politique de la crise.

Ces derniers jours, Ceuta a connu sa plus importante crise migratoire depuis des années, avec l’arrivée massive de plus de 60 000 personnes dans cette enclave espagnole en Afrique du Nord. Bien que le pic d’arrivées soit passé, les tensions demeurent fortes, d’autant que plusieurs figures de l’extrême droite espagnole se sont rendues sur place, prétendant vouloir « défendre » les habitants face à cette situation. Leur présence a cependant suscité une réaction inverse, avec une mobilisation de citoyens dénonçant une récupération politique de la crise.

Qui sont ces groupes d’extrême droite ?

Parmi les mouvements présents, figurait Núcleo Nacional, un groupe d’extrême droite fondé en 2024 par Isabel Medina Peralta, connue pour son passé militant au sein de la mouvance néofasciste espagnole. Elle a été condamnée en avril 2025 à un an de prison pour un délit de haine visant notamment des personnes migrantes et est interdite d’entrée sur le territoire allemand depuis 2023. Le mouvement se positionne à la droite de Vox, avec un discours centré sur l’identité nationale et la remigration.

Un autre acteur clé est Alvise Pérez, eurodéputé et fondateur de Se Acabó La Fiesta (SALF). Connu pour son agitation sur les réseaux sociaux, il fait l’objet depuis 2025 d’une procédure de levée de son immunité parlementaire européenne. Pérez s’est rendu à Ceuta accompagné du polémiste Vito Quiles, affirmant vouloir dénoncer la gestion de la frontière et réclamer une réponse plus ferme de l’État.

La séquence de l’extrême droite tourne à la polémique

La venue d’Alvise Pérez et de Núcleo Nacional a rapidement cristallisé les tensions. Le 1er août, plusieurs rassemblements ont été organisés à Ceuta, d’abord par SALF, puis par Núcleo Nacional. En réponse, des habitants se sont rassemblés spontanément pour dénoncer ce qu’ils considéraient comme une instrumentalisation de la crise. Les slogans « Fuera fachas de nuestra ciudad » (« Dehors les fachos de notre ville ») et « Ceuta unida, no dividida » (« Ceuta unie, pas divisée ») ont été scandés par des manifestants rejetant l’idée que des groupes extérieurs viennent imposer un récit de confrontation communautaire.

La séquence la plus commentée concerne Alvise Pérez. Face à la tension, la police nationale l’a escorté jusqu’au port pour éviter une confrontation. Des membres de Núcleo Nacional ont également été accompagnés par les forces de l’ordre. Le récit d’un « départ forcé par la foule » a circulé sur les réseaux sociaux, mais les éléments disponibles décrivent plutôt une évacuation préventive destinée à empêcher un affrontement.

Des tensions à Madrid également

La tension ne s’est pas limitée aux rassemblements à Ceuta. À Madrid, Núcleo Nacional a alimenté la polémique en diffusant une vidéo mettant en scène sa dirigeante, Isabel Medina Peralta, qui a exécuté un salut nazi devant l’ambassade du Maroc. Cette action a ravivé les critiques envers le mouvement.

La bataille des récits autour de Ceuta

À Ceuta, l’enjeu n’est donc pas seulement la gestion d’une crise migratoire, mais aussi la bataille autour de son récit. Alors que les groupes d’extrême droite cherchent à présenter l’enclave comme un symbole d’un pays « débordé » par ses frontières, une partie des habitants oppose une autre lecture : celle d’une ville frontalière habituée aux échanges entre les deux rives de la Méditerranée, refusant de devenir un décor pour des démonstrations politiques venues de l’extérieur.

Source : La Dépêche

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