La maltraitance infantile laisserait des traces durables dans le cerveau des adolescents, selon une étude de l’Inserm et du CNRS
Les violences subies durant l’enfance ne se contentent pas de causer des bless psychologiques; elles pourraient également être liées à des modifications durables du développement cérébral. C’est ce qu’indique une étude menée par des chercheurs de l’Inserm, du CNRS, de l’Université Paris-Saclay et de l’ENS Paris-Saclay, publiée dans la revue European Psychiatry. Cette recherche a suivi des adolescents âgés de 14 à 18 ans pour observer l’évolution de leur cerveau.
Le cerveau de 634 adolescents observé pendant quatre ans
Les scientifiques ont analysé les données de 634 adolescents volontaires issus de la cohorte européenne IMAGEN. Parmi eux, 105 ont déclaré avoir subi, avant l’âge de 14 ans, au moins une forme de maltraitance, incluant des violences physiques, sexuelles ou émotionnelles, ainsi que de la négligence physique ou affective. Les jeunes ont passé des examens d’imagerie par résonance magnétique à 14 et 18 ans. Les chercheurs se sont concentrés sur le système limbique, un ensemble de régions cérébrales impliquées dans la mémoire, l’apprentissage, le traitement du stress et la régulation des émotions. Ils ont également administré des questionnaires sur la santé mentale et les difficultés émotionnelles ou comportementales des adolescents.
Un volume de matière grise plus faible dans certaines régions
Les résultats montrent que les adolescents ayant rapporté des maltraitances présentaient, à 14 et 18 ans, un volume de matière grise plus faible dans plusieurs zones du système limbique. Ces différences concernaient notamment l’insula, le cortex orbitofrontal, le putamen et certaines régions du cortex cingulaire, qui sont toutes impliquées dans la perception des émotions et la réaction au stress. Les différences observées à 14 ans étaient toujours présentes quatre ans plus tard, sans indication de rattrapage ou d’aggravation significative durant cette période.
Davantage de difficultés psychologiques signalées
Les jeunes concernés ont également signalé plus de signes de dépression à 14 et 18 ans, ainsi qu’un risque accru de trouble de stress post-traumatique à 18 ans. Ils faisaient état de difficultés émotionnelles et comportementales plus fréquentes, telles que des problèmes relationnels avec d’autres adolescents et des symptômes d’inattention ou d’hyperactivité. Les régions cérébrales affectées sont déjà associées à des troubles psychologiques, suggérant une vulnérabilité accrue chez ces adolescents.
Ces résultats ne permettent pas de prédire l’avenir d’un enfant
Les maltraitances ont été déclarées rétrospectivement par les participants à 18 ans, et les chercheurs n’ont pas pu déterminer avec précision l’âge de début, la durée ou la fréquence de ces abus. L’étude met en évidence une association, mais ne prouve pas que les maltraitances sont directement responsables des différences cérébrales observées, ni ne permet de prédire le parcours ou la santé mentale d’un adolescent sur la base d’une IRM.
Source : Inserm, CNRS, Université Paris-Saclay, ENS Paris-Saclay, European Psychiatry


