Tapisserie de Bayeux : près de 1 000 ans après, les secrets d’une œuvre monumentale
Près de 1 000 ans après sa création, la tapisserie de Bayeux continue de narrer la conquête de l’Angleterre par Guillaume de Normandie. Mesurant environ 70 mètres de long, elle illustre la bataille de Hastings et soulève encore la question de son commanditaire.
Le 14 octobre 1066, à Hastings, deux armées s’affrontent pour le contrôle du royaume d’Angleterre. D’un côté, les Anglo-Saxons du roi Harold, de l’autre, les troupes de Guillaume, duc de Normandie. Harold est tué lors de ce qui sera le premier et dernier jour des combats, permettant à Guillaume de s’emparer du trône. Cette histoire, mise en scène dans la tapisserie, est rendue épique par des centaines de personnages, des dizaines de chevaux, des navires et des duels sanglants. Brodée au XIe siècle, elle retrace les événements menant à la conquête normande.
Une question demeure depuis près de mille ans : qui a commandé cette œuvre monumentale ? Selon Jean-Charles Stasi, guide-conférencier et historien, « les spécialistes s’accordent à dire qu’il s’agit d’Odon de Conteville, évêque de Bayeux et demi-frère de Guillaume. » À cette époque, les évêchés de Bayeux étaient très riches, et la tapisserie est considérée comme une œuvre de propagande pour glorifier Guillaume.
Odon apparaît à quatre reprises sur la tapisserie, mais en tant qu’homme d’église, il ne peut pas combattre. François Neveux, historien spécialiste de la Normandie médiévale, souligne que « dans la scène 54, Odon est représenté en train de combattre sur un cheval, ce qui est interdit pour les clercs. Pour atténuer cette image, il est montré avec un bâton plutôt qu’une épée. »
L’œuvre aurait pu être destinée à la cathédrale de Bayeux, consacrée en 1077, mais aucun document ne le confirme. La tapisserie ne se limite pas à un récit de bataille ; elle constitue une mise en scène du pouvoir, racontée par les vainqueurs, et demeure l’un des témoignages les plus précieux du Moyen Âge.
Source : Franceinfo

