Une construction brillante, des personnages à double facette, du suspense
Le premier roman d’Anne Pitteloud, Fille de, récemment publié aux Éditions Finitude, aborde des thèmes complexes liés à la filiation et à l’héritage, s’ouvrant sur un deuil et un héritage qui se transforme rapidement en piège. Caroline, libraire à la Librairie Nouvelle d’Orléans, décrit le livre comme un récit où l’héritage se referme progressivement sur la protagoniste, Chloé. Cette dernière, désireuse d’écrire, est façonnée par l’ombre d’un père, un écrivain reconnu, et par les attentes familiales qui en découlent.
À la lecture, Caroline souligne une émotion dominante : « Une émotion à la fois de gâchis, un petit peu, et d’héritage toxique ». Le roman s’articule autour de la lutte de Chloé pour définir sa propre identité, alors qu’elle est confrontée à un père omniprésent mais inaccessible. Ce paradoxe crée un malaise, Chloé se sentant dévorée par l’image de son père, ce qui complique sa quête d’une place personnelle dans le monde littéraire.
Un tournant majeur survient lorsque Chloé découvre que les manuscrits de son père sont composés de pages blanches. Caroline, lectrice de polar, avait pressenti cette possibilité, mais la réalité de cette découverte reste choquante. Chloé se retrouve alors dans une situation délicate, devant improviser des réponses à sa mère aveugle qui dépend d’elle pour connaître le contenu de ces textes. Ce mensonge la piège davantage, la rendant incapable d’en sortir.
La figure de la mère, Céline, ajoute une dimension tragique au récit. Bien qu’aveugle et perdant la mémoire, elle pressent que quelque chose ne va pas. Caroline souligne que Céline a sacrifié sa vie pour son mari, le grand écrivain, et devient la première victime des mensonges de sa fille. Cette dynamique familiale complexe soulève des questions sur la fidélité et la confiance.
Fille de ne se limite pas à un simple roman familial ; il est également structuré comme un thriller psychologique, avec des rebondissements et des révélations qui s’enchaînent. Caroline le décrit comme un livre « deux en un », qui peut séduire tant les amateurs de littérature générale que ceux de thrillers domestiques.
Le roman questionne également la perception de l’œuvre d’un auteur célèbre. Chloé réalise que ses écrits sont appréciés uniquement lorsqu’ils sont attribués à son père, soulevant des interrogations sur la légitimité et l’identité artistique. Caroline, passionnée par les premiers romans, note que ceux-ci arrivent sans le poids des attentes qui pèsent sur les auteurs établis.
Invitée à résumer le livre, Caroline conclut : « Une construction brillante, des personnages à double facette, du suspense ». Elle ajoute que ce récit incite les lecteurs à tourner les pages, tout en abordant des thèmes plus sombres, notamment la difficulté de se détacher d’un héritage qui a façonné une vie entière et la nécessité de trouver sa propre voie.
Source : Actualitté, Inès Lefoulon.



