Vivre avec la surveillance numérique en Chine : un regard sur la réalité quotidienne
Publié le 14/06/2026 à 10:00
Cette semaine, nous plongeons dans la tête des Chinois qui vivent cernés par la surveillance mise en place par leur gouvernement.
La surveillance numérique en Chine est omniprésente. L’État a accès à toutes les données collectées par les entreprises du numérique, y compris les applications de paiement et les réseaux sociaux, ce qui lui permet de connaître les habitudes et les relations des citoyens. De plus, le pays possède le réseau de caméras de surveillance le plus dense au monde. Ces données sont utilisées pour établir des listes de « bons » et « mauvais » citoyens, les individus jugés indésirables étant souvent sanctionnés ou humiliés, notamment par l’affichage de leur photo dans des lieux publics.
Pour comprendre comment les Chinois vivent cette surveillance, l’enquête d’Ariane Ollier-Malaterre, professeure à l’université du Québec, se révèle essentielle. Elle s’appuie sur des dizaines de témoignages recueillis à Shanghai, Pékin et dans la province du Sichuan. Bien que certains citoyens critiquent le système, la majorité des participants expriment une certaine acceptation de cette surveillance, la percevant comme un moyen de garantir la grandeur de la Chine.
Ce phénomène s’explique en partie par un traumatisme national, lié à l’entrée de la Chine dans l’économie de marché dans les années 1990, qui avait entraîné une explosion de fraudes et de corruption. Le gouvernement utilise cette mémoire collective pour justifier la surveillance, la présentant comme une voie vers un redressement moral et un retour à une « civilisation ininterrompue de 5 000 ans ».
Par ailleurs, de nombreux Chinois apprécient la commodité d’une vie dématérialisée, où presque toutes les transactions peuvent être effectuées via leur téléphone. Cette maîtrise technologique est souvent vue comme un symbole de progrès et de fierté nationale, une revanche après des décennies de domination occidentale.
Ainsi, l’enquête d’Ollier-Malaterre met en lumière comment, face à des promesses de sécurité et de progrès, certains citoyens acceptent de renoncer à une part de leur liberté.
Source : Ariane Ollier-Malaterre, Vivre avec la surveillance numérique en Chine, éditions du CNRS.
