Souveraineté numérique : un modèle européen à construire
Le 7 mai, un groupe de travail intitulé “Souveraineté et durabilité : le nouveau couple européen”, co-fondé par Edmond de Rothschild Asset Management, s’est réuni pour discuter de la souveraineté numérique. Cette rencontre fait partie de la saison 2 du Think Tank “2030, Investir Demain” et s’est concentrée sur des thèmes tels que les infrastructures, la valorisation des données, l’intelligence artificielle et les investissements nécessaires pour réduire les dépendances européennes.
Les participants ont souligné que la souveraineté numérique dépasse les enjeux techniques, impliquant la capacité à choisir ses outils et à maîtriser ses infrastructures. Geneviève Bouché, futurologue et présidente du Forum ATENA, a déclaré : “Aujourd’hui, nous n’avons plus notre souveraineté”, faisant référence à la dépendance accrue vis-à-vis des grandes plateformes américaines.
Bouché a qualifié les GAFAM de “arme d’influence massive”, soulignant que cette domination ne doit pas être perçue uniquement comme une réussite technologique, mais aussi comme une concentration de pouvoir numérique. Elle a mis en avant l’importance de développer des architectures distribuées et des solutions open source pour contrer cette centralisation.
L’atelier a également révélé que la dépendance numérique est un sujet qui touche l’ensemble des domaines de la société. Michel-Marie Maudet, co-fondateur de Linagora, a noté que la souveraineté numérique interroge directement les modèles de société que l’Europe souhaite défendre. Il a évoqué la nécessité de développer des technologies concurrentes tout en réfléchissant au type de société à bâtir pour l’avenir.
Les intervenants ont convenu que l’Europe dispose de plusieurs atouts, notamment des compétences scientifiques et une culture de régulation, pour construire un modèle de souveraineté numérique. Geneviève Bouché a plaidé pour une articulation entre économie productive et économie contributive, visant à améliorer le “patrimoine humain”.
L’open source a été identifié comme un levier essentiel pour garantir la transparence et l’auditabilité des systèmes numériques. Cependant, le cadre réglementaire européen soulève des tensions, notamment en matière de compétitivité face aux États-Unis et à la Chine.
Jean-Francis Dusch, CEO d’Edmond de Rothschild AM UK, a souligné l’importance des infrastructures matérielles, telles que les data centers et les réseaux télécoms, pour asr la souveraineté numérique. Il a rappelé que la simple présence d’un data center en Europe ne garantit pas la protection des données, car cela nécessite un contrôle global des infrastructures.
Les investisseurs ont un rôle clé à jouer dans cette dynamique. Alexis Bossard, gérant d’actions internationales chez Edmond de Rothschild AM, a noté un changement de perception de la souveraineté, renforcé par des événements géopolitiques récents, et a encouragé l’accompagnement des acteurs européens dans des secteurs critiques.
En conclusion, la souveraineté numérique européenne devra être reconstruite progressivement, en articulant infrastructures, logiciels et modèles d’IA. Bien que cette reconstruction ne soit pas immédiate, elle pourrait devenir un levier de résilience si les choix politiques et économiques convergent vers les mêmes priorités.
Source : Edmond de Rothschild Asset Management.
