Sous la férule des talibans

Sous la férule des talibans : Les femmes afghanes face à des restrictions sévères mais une lueur d’espoir entrepreneuriale

(MAZÂR-E CHARÎF, Afghanistan) Les talibans imposent aux femmes certaines des restrictions les plus sévères au monde. Or, pour éviter l’effondrement économique et l’isolement du pays, ils leur permettent de démarrer des entreprises, à condition de se plier à tout un ensemble de règles contraignantes.

Plus de 10 000 Afghanes disposent d’un permis d’affaires, un chiffre multiplié par dix par rapport à il y a cinq ans, selon la Chambre de commerce et d’industrie d’Afghanistan. Environ 120 000 autres travaillent sans permis, faisant des petites entreprises les plus grands employeurs de femmes dans le pays, d’après la Banque mondiale. Cependant, cette situation ne doit pas masquer le fait que l’horizon des femmes s’est considérablement rétréci depuis le 15 août 2021, date à laquelle les talibans ont repris le pouvoir.

Celles qui aspiraient à des carrières en tant qu’avocates, ingénieures ou professeures d’université se sont souvent tournées vers des métiers comme le tissage de tapis, la vente de cosmétiques ou l’artisanat, car la fonction publique et de nombreuses ONG leur sont interdites. Parmi les autres restrictions, on note l’interdiction de gérer un salon de beauté, d’étudier pour devenir sage-femme ou infirmière, et de communiquer avec des hommes, qu’ils soient clients ou fournisseurs.

La grande majorité des Afghanes ne travaillent pas : moins de 7 % d’entre elles étaient employées en 2024, selon le Programme de développement des Nations unies. Pour celles qui ont un emploi, les conditions se détériorent. Des cas de harcèlement et d’arrestations de femmes par la police des mœurs ont été rapportés, entraînant des manifestations publiques rares.

Pour les Afghanes, l’entrepreneuriat représente l’un des derniers moyens de subvenir aux besoins de leur famille et de maintenir une vie sociale. « Le seul espoir qui reste aux femmes en Afghanistan, c’est les affaires », constate Behnaz Saljughi, représentante des femmes entrepreneures de la province d’Hérat.

À Mazâr-e Charîf, une soixantaine de femmes tissent des tapis sous l’œil de leur patronne, Nasira Azizi, âgée de 19 ans. Cette dernière a vu ses horizons s’élargir en lançant son entreprise, soutenue par le Programme de développement des Nations unies. Elle emploie environ 450 personnes dans deux ateliers.

Roqia Rezaei, 21 ans, a fondé une savonnerie à Hérat, après que ses ambitions d’ingénieure minière ont été anéanties par les restrictions des talibans. Son entreprise, Magnolia, vise des marchés d’exportation en Iran et au Tadjikistan. Malgré les obstacles, elle aspire à faire de sa marque une référence internationale d’ici 2030.

Les autorités afghanes affirment encourager les femmes à apprendre un métier, mais les critiques soulignent que les mes prises sont insuffisantes. Fariba Nouri, directrice par intérim de la Chambre de commerce et d’industrie des femmes d’Afghanistan, déclare : « Notre avenir n’est pas devenu meilleur ni plus paisible. »

Dans ce contexte difficile, certaines entrepreneures, comme Ghoncha Karimi, apicultrice de 39 ans, doivent naviguer des restrictions sévères. Elle a été emprisonnée pendant 20 jours pour avoir enfreint une règle interdisant aux femmes de recevoir des clients masculins.

Ainsi, malgré des avancées timides, les femmes afghanes continuent de faire face à des défis majeurs, tant sur le plan économique que social, dans un environnement de plus en plus restrictif.

Source : Elian Peltier, The New York Times

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