La canicule contraint la SNCF à supprimer plus de 70 trains Intercités
La vague de chaleur qui s’abat sur l’Europe depuis plusieurs jours force la SNCF à prendre des mes drastiques. Entre le 18 et le 22 juin 2026, plus de 70 trains Intercités ont été supprimés, révélant la vulnérabilité d’un réseau ferroviaire vieillissant face aux températures extrêmes. Avec des pics dépassant localement les 40 °C, les infrastructures françaises subissent des contraintes sans précédent. La canicule et le matériel roulant obsolète forment un cocktail explosif qui paralyse des liaisons entières.
La France n’est pas seule touchée. Eurostar a réduit son offre entre Paris et Londres, tandis que les réseaux régionaux, notamment en Île-de-France et en Pays de la Loire, multiplient les ajustements pour éviter des incidents majeurs. Le parc de matériel roulant, parfois âgé de plusieurs décennies, n’a pas été conçu pour affronter de tels épisodes climatiques.
Trois lignes principales sacrifiées pour éviter les pannes
La SNCF a ciblé trois axes pour ses annulations : Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (31 trains supprimés), Paris-Clermont-Ferrand (19 suppressions) et Bordeaux-Marseille (21 annulations). L’objectif est d’éviter que des voyageurs ne restent bloqués dans des wagons surchauffés en pleine voie. Les trains Intercités Corail, en service depuis près de 50 ans, constituent le maillon faible du dispositif. Leur système de climatisation, dimensionné pour des températures estivales classiques, ne résiste pas aux pics actuels.
Jean Castex, PDG de la SNCF, a expliqué que « la climatisation est mise à rude épreuve » et que l’entreprise cherche à éviter « qu’il y ait le moins d’incidents possible en journée ». Pour surveiller les rails, les caténaires et la signalisation, 3 500 agents ont été mobilisés jour et nuit. En Île-de-France, les lignes de métro 5, 6, 8 et 13 ont connu des ralentissements, tandis que sur les RER et Transilien, seuls 9 trains sur 10 circulaient en moyenne. Île-de-France Mobilités a recommandé aux usagers de limiter leurs déplacements et d’éviter les heures de pointe.
En Pays de la Loire, tous les tram-trains reliant Nantes à Clisson et Châteaubriant ont été supprimés le 24 juin en raison de climatisations défaillantes. Les voyageurs, pris de court, ont dû improviser des solutions alternatives.
Quand les rails se dilatent et les caténaires se détendent
La canicule provoque également un phénomène physique redoutable : la dilatation des matériaux métalliques. Sous l’effet de la chaleur, les rails peuvent se déformer, tandis que les caténaires se détendent et risquent d’être arrachés au passage d’une rame. Jean Castex a précisé que « beaucoup de ces éléments supportent mal les très fortes températures ».
Pour limiter ces risques, la SNCF a imposé des restrictions de vitesse sur certaines portions du réseau. La température interne des rails, surveillée en temps réel, peut dépasser 50 °C en plein soleil. Les zones exposées, notamment les voies en surface ou les ponts métalliques, deviennent des points de fragilité majeurs.
Un parc vieillissant rattrapé par les retards d’investissement
La crise actuelle met en lumière les conséquences de décennies de sous-investissement dans le renouvellement du matériel roulant. Une rame neuve coûte environ 20 millions d’euros, et il en faut 10 à 15 par train. Les nouvelles rames commandées par l’État devaient arriver en 2026, mais les livraisons accusent du retard et ne sont désormais attendues qu’à l’été 2027.
Philippe Tabarot, ministre des Transports, a réclamé des investissements « massifs » pour moderniser un réseau vieillissant. Il souhaite porter l’enveloppe annuelle de 3 milliards d’euros à 4,5 milliards, afin de régénérer 1 000 kilomètres de voies supplémentaires par an et d’augmenter de 25 % le remplacement des caténaires.
Le PDG de la SNCF appelle les personnes vulnérables à renoncer au train
Jean Castex a invité les voyageurs les plus vulnérables à « éviter de prendre le train » pendant la canicule. Il a ajouté qu’on ne pouvait « pas écarter les incidents » sur le réseau. Deux incidents qualifiés de « graves » se sont produits le 21 juin, en raison de pannes électriques provoquées par la chaleur.
Les autorités et les opérateurs multiplient les conseils pratiques : consulter les applications de mobilité avant de partir, privilégier le télétravail, éviter les heures de pointe, s’hydrater régulièrement. En Île-de-France, 400 000 bouteilles d’eau ont été distribuées sur l’ensemble du réseau.
Une vague de chaleur historique à l’échelle européenne
La vague de chaleur qui frappe l’Europe occidentale revêt un caractère exceptionnel pour un mois de juin. Météo-France a enregistré le 23 juin la journée la plus chaude jamais observée en France depuis 1947, avec une température moyenne nationale de 29,8 °C. Au Royaume-Uni, le Met Office prévoit des pics pouvant atteindre 40 °C.
Les perturbations ne se limitent pas aux transports. Fermetures d’écoles, restrictions d’activités et risques d’incendie se multiplient. Les réseaux ferroviaires européens, conçus pour des climats tempérés, peinent à s’adapter à la multiplication et à l’intensification des épisodes de chaleur extrême.
La canicule de juin 2026 restera sans doute dans les mémoires comme un avertissement. Les températures extrêmes exigent une refonte en profondeur des systèmes de transport, des investissements massifs et une adaptation des comportements.
Source : Economie Matin
