Shabjdeed vs Saint Levant : le clash musical qui interroge l’identité palestinienne
En Palestine, un nouvel affrontement musical a capté l’attention : Shabjdeed, figure éminente du rap, s’en prend à Saint Levant, dont la pop polyglotte connaît un succès mondial. Ce clash, matérialisé par le morceau SLV sorti le 31 juillet, soulève des questions sur la représentation de l’identité palestinienne à l’international.
Depuis la sortie de ce titre, les réactions affluent, mettant en lumière les défis auxquels font face les artistes palestiniens à l’étranger, notamment dans les pays occidentaux. Le site New Arab souligne que le débat s’articule autour de qui a le droit de définir l’identité palestinienne sur la scène mondiale, et si l’industrie musicale privilégie des figures plus accessibles au détriment de ceux dont le travail est ancré dans la réalité quotidienne du conflit israélo-palestinien.
Une foule de réactions
Les réactions sur les réseaux sociaux et dans les médias arabes révèlent la complexité des relations entre la Palestine et sa diaspora, surtout dans un contexte d’occupation. Shabjdeed et Saint Levant se distinguent par leurs styles musicaux et leurs thèmes abordés.
Shabjdeed, à travers ses textes incisifs, évoque la violence des attaques israéliennes, dépeignant son quotidien à Ramallah, en Cisjordanie occupée. À l’inverse, Saint Levant chante l’amour, mélangeant l’anglais, le français et l’arabe, et a rapidement conquis un public international, ayant grandi en partie à Gaza.
Dans son morceau, Shabjdeed critique le personnage glamour de Saint Levant, exprimant sa perplexité face à son approche. Il va jusqu’à dire : « Il mélange la Palestine à n’importe quelle connerie européenne, et dit n’importe quoi. »
Diluer la Palestine
Shabjdeed ne s’attaque pas seulement à l’existence de Saint Levant, mais à une tendance qu’il perçoit comme une édulcoration de la réalité palestinienne. Selon Rolling Stone Mena, il déplore que la Palestine soit souvent associée à une image racoleuse, évitant les enjeux politiques cruciaux.
Les critiques à l’égard de Saint Levant proviennent de ceux qui estiment qu’il se conforme à un regard occidental dans sa représentation de la Palestine, alors que de nombreux fans le défendent pour sa capacité à donner une voix aux « third culture kids » — ces jeunes grands entre plusieurs cultures.
Dans un monde musical dominé par les industries américaines et européennes, la montée de certains artistes arabes comme Saint Levant est scrutée à l’aune de leur fidélité à leurs racines et à leur identité. Son succès, qui le mène sur des scènes prestigieuses comme celles du festival Coachella, est difficile à réaliser pour de nombreux artistes palestiniens, souvent entravés par des restrictions de déplacement.
En somme, ce clash musical soulève des questions fondamentales sur la représentation de l’identité palestinienne et les attentes de l’industrie musicale mondiale. Shabjdeed, malgré ses critiques, tend une main fraternelle à Saint Levant, l’invitant à « traverser le pont » pour rejoindre une perspective collective.
Source : Courrier International, New Arab, Rolling Stone Mena.

