« J’ai ce don depuis l’enfance ! » Vraie science ou fausse croyance ?
Alors que la sécheresse s’installe durablement dans le Tarn et que les restrictions d’eau se multiplient, les sourciers voient les demandes affluer. Entre transmission familiale, intuition revendiquée et savoir-faire contesté par la science, portrait d’un métier aussi mystérieux que recherché.
La baguette de coudrier frémit entre les mains des sourciers. Pour certains, il s’agit d’un don ; pour d’autres, d’une simple croyance. Dans un Tarn frappé par la sécheresse, les sourciers n’ont jamais été autant sollicités. Les particuliers, soucieux de sécuriser leur approvisionnement en eau, mais aussi les entreprises ou les collectivités, sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance.
À 83 ans, Christian Aragocillo a rangé ses bottes après avoir sillonné pendant des décennies le Tarn et l’Occitanie à la recherche de veines d’eau. Particuliers, gravières, entreprises, collectivités : il as avoir aidé des centaines de clients et revendique un taux de réussite de 92 %. Une conviction forgée par l’expérience.
« J’ai ce don depuis l’enfance. Il me vient de ma mère », raconte celui qui travaille avec une baguette ou un pendule. Désormais retraité, il n’intervient plus sur le terrain, mais continue à donner un coup de main bénévolement à des proches ou à des projets qui lui tiennent à cœur. « Je travaille uniquement à partir de plans que l’on m’envoie. Je peux dire s’il y a de l’eau ou non sur une parcelle. »
Si les capacités des sourciers n’ont jamais été validées par la communauté scientifique, Christian Aragocillo ne doute pas. « Pour moi, c’est une vraie science qui a fait ses preuves depuis des siècles. Sinon, je n’aurais pas consacré toute ma vie à ce métier. » Il observe également les effets du changement climatique : « Pour trouver une veine, il faut un débit permanent d’un point d’eau à un autre. L’avenir sera plus compliqué, même s’il reste encore des endroits où l’on peut réaliser un bon puits capable d’alimenter un jardin tout l’été. »
Le Tarn compte encore quelques professionnels en activité, dont Laurent Lautier, qui a repris l’entreprise familiale en 1998. Malgré un récent problème de santé qui l’a contraint à ralentir, il prépare déjà son retour. « Le carnet de commandes est plein. Avec le réchauffement climatique et la multiplication des épisodes de canicule, avoir un puits n’est plus un luxe. Les gens y réfléchissent de plus en plus. »
Pour 250 €, il recherche les veines d’eau, principalement pour des particuliers, mais aussi pour des lotissements. Sa réputation repose avant tout sur le bouche-à-oreille : « Les clients savent que je travaille sérieusement. Je cherche, puis je fais réaliser le forage. » Christian Aragocillo met toutefois en garde contre les faux sourciers : « Certains annoncent qu’il y a de l’eau, encaissent leur chèque, puis disparaissent. Quand le forage commence, il n’y a rien. » Une prudence d’autant plus nécessaire qu’aucune garantie de résultat ne peut être apportée.
Métier hérité, intuition revendiquée, savoir empirique ou simple croyance : le sourcier continue de fasciner. À me que les sols s’assèchent et que l’eau devient une ressource de plus en plus précieuse, il retrouve une place inattendue dans les campagnes tarnaises.
Source : La Dépêche
