On a divisé le volume par quatre : le paradoxe du millésime 2026 dans le Jura
Dans le Jura, la récolte 2026 s’annonce historiquement faible après une sécheresse exceptionnelle. La production de crémant, particulièrement touchée par la maturité précoce des raisins, devrait être fortement réduite. La qualité, en revanche, notamment pour les vins rouges et le vin de paille, est annoncée excellente.
Dans les coteaux du Jura, les vignes portent les traces d’un été particulièrement chaud et sec. Les sols sont arides et les feuilles souffrent du manque d’eau. Les grappes de raisins, bien que petites, affichent une bonne maturité. Cependant, les rendements s’annoncent très faibles.
Laetitia Buffet, responsable de la société de viticulture du Jura, indique : « C’est une année particulière parce qu’il a fait très chaud. Les vignes ont souffert de la sécheresse, donc la maturité est arrivée très rapidement« . Les degrés d’alcool peuvent augmenter « d’un à deux degrés sur une semaine« , ce qui pousse les producteurs à s’organiser rapidement.
Cette situation complique la production de crémant, un produit phare du vignoble jurassien. Laetitia Buffet souligne : « Cette année, on aura une production assez faible« , plusieurs producteurs ayant renoncé à en produire faute d’avoir pu commencer les vendanges à temps.
Là, cette année, on a divisé par quatre le volume déjà.
Eric Piquet, vigneron du Jura
Eric Piquet confirme cette tendance : « On a réussi à faire quelques jours de crémant, mais les degrés sont devenus très élevés« . Habituellement récolté pendant une semaine, le crémant n’a été vendangé que durant trois jours. Il compare cette année à 2003, une année marquée par des conditions climatiques extrêmes.
Les vignes réagissent différemment selon leur âge. Denis Piquet, un autre vigneron, note que « les vieilles vignes ont mieux supporté la sécheresse« , tandis que les jeunes vignes ont été plus touchées. Il observe une réduction des rendements de près de 50 %.
Le manque d’eau a également lourdement impacté le potentiel de la récolte. Denis Piquet explique : « Au mois de juin, le potentiel était pléthorique, mais ensuite, avec presque un mois et demi de sécheresse, ça a décroché« . L’irrigation, quant à elle, est strictement réglementée et souvent interdite pour les vins de qualité.
Néanmoins, les conditions sont jugées favorables pour le vin de paille. Laetitia Buffet affirme que « l’état sanitaire est très bon« , bien que la quantité soit faible. Pour les vins rouges, les perspectives sont encourageantes : « Ce sont vraiment les cépages rouges qui s’en sortent le mieux« , avec une qualité prévue très bonne malgré des volumes réduits.
À l’inverse, certains cépages blancs, comme le savagnin, pourraient être davantage touchés, et les stocks de vins jaunes devraient permettre d’amortir cette petite récolte. Laetitia Buffet prévient : « On n’a pas besoin d’un 2026 tous les ans« .
Les professionnels de la vente de vin constatent également une petite année au niveau quantitatif, avec des rendements pouvant atteindre seulement « 30 % de ceux des belles années« . Les clients, habitués à ces aléas climatiques, commencent à s’inquiéter pour l’avenir du vignoble jurassien. Arnaud Gauthier, sommelier, évoque des phénomènes climatiques sans précédent : « Les années à venir font peur, sincèrement« .
Avec Norbert Evangelista et David Martin
Source : France 3 Régions

