Les 100.000 euros de prime ne suffisent-ils plus?
Confrontée à des pertes militaires considérables et à des difficultés croissantes de recrutement, la Russie a récemment testé à Kaliningrad un dispositif de mobilisation grandeur nature. Alors que le spectre d’un nouvel appel de 300.000 hommes ressurgit, Moscou multiplie les primes et assouplit ses critères pour alimenter le front ukrainien.
Moscou se prépare-t-elle à une nouvelle mobilisation massive? Les pertes militaires russes seraient les plus lourdes enregistrées par une grande puissance depuis la Seconde Guerre mondiale. Sur le front ukrainien, l’espérance de vie d’une nouvelle recrue russe ne dépasserait parfois pas 20 à 30 minutes. Face à cette hécatombe, le Kremlin cherche des hommes à tout prix.
Kaliningrad, enclave de la Russie à l’ouest de l’Europe, pose des questions sur les besoins en hommes de Moscou. Environ un million de Russes y vivent. Selon le Wall Street Journal, des officiers russes ont récemment testé comment loger, nourrir et armer cette population en cas de mobilisation. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky évoque une mobilisation « périphérique » qui pourrait concerner 300.000 Russes dans des régions reculées.
Le spectre de 2022
En septembre 2022, six mois après l’invasion de l’Ukraine, Vladimir Poutine avait annoncé une mobilisation partielle de 300.000 réservistes. Cette décision avait entraîné des protestations massives et un exode, avec environ 400.000 Russes fuyant le pays. Actuellement, des signaux indiquent une nouvelle inquiétude, avec un pic de 20.000 passages à la frontière avec la Géorgie en une seule journée.
1,4 million de pertes militaires
Cette rumeur de mobilisation reflète le lourd bilan humain de la guerre en Ukraine. Selon le think tank CSIS, la Russie compterait environ 1,4 million de pertes militaires au total, en incluant morts, blessés et disparus, dont 400.000 à 450.000 soldats tués au combat. Le directeur de la CIA indique que l’espérance de vie d’une nouvelle recrue sur le champ de bataille serait aujourd’hui de seulement 20 à 30 minutes.
Le ministère russe de la Défense a assoupli ses critères de recrutement pour attirer des étudiants, des étrangers ou des résidents des territoires ukrainiens occupés. De plus, Moscou pourrait compter sur l’arrivée de soldats nord-coréens, avec 30.000 à 50.000 d’entre eux prêts à venir en renfort.
Jusqu’à 100.000 euros pour s’engager
Face aux pertes humaines et aux difficultés de recrutement, l’armée russe augmente les primes, qui peuvent atteindre 10 millions de roubles la première année, soit environ 100.000 euros. À Saint-Pétersbourg, la prime à la signature peut atteindre 50.000 euros, un montant multiplié par dix depuis 2022. Cependant, cette nchère entraîne des pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs civils, où les employeurs ne peuvent rivaliser avec les rémunérations militaires.
Poutine ne dévie pas
Ces chiffres témoignent de la détermination de Vladimir Poutine, qui maintient ses objectifs, notamment la prise du Donbass. Il continue de cultiver une vision d’une Russie agressée et encerclée par l’OTAN, une position qu’il a exposée lors de son discours à la Conférence de Munich sur la sécurité en 2007.
La Russie intensifie également sa guerre hybride dans l’espace post-soviétique, mettant à l’épreuve la capacité de réaction de l’OTAN.
Source : Wall Street Journal



