L’équipe s’est délitée : dix ans plus tard, retour sur la finale d’anthologie entre Toulon et le Racing 92
On ne va pas vous mentir, écrire cet article fut en certains points éprouvant. Non pas qu’il eût été difficile de retrouver trace d’un duel vieux d’à peine dix ans. Mais replonger dans ce choc entre Varois et Franciliens réveille forcément de vieux démons. Un traumatisme, même, pour des milliers de Toulonnais qui gardent encore un souvenir amer de cette finale de championnat, l’une des plus grandes du XXIe siècle. Ou quand le rêve devient cauchemar pour les uns… tout à l’inverse des autres.
C’est au mythique Camp Nou de Barcelone, alors théâtre des plus belles répliques de Messi, Neymar et Suarez, que le chef-d’œuvre de dramaturgie rugbystique s’est produit. 99 124 spectateurs y avaient alors pris place : un record pour un match de clubs de rugby. Parmi eux, près de 15 000 Toulonnais. En ce temps-là, ils soutenaient Giteau, Habana, Armitage et autres Guirado, tout en savourant les piques de Mourad Boudjellal à son homologue Jacky Lorenzetti. Ils versaient peut-être même une larme en assistant aux adieux émouvants de Bernard Laporte à Mayol, trois semaines plus tôt.
Une constellation de stars
Ce vendredi 24 juin 2016, l’emblématique entraîneur dirige son dernier match avec l’écusson du RCT sur le cœur. Toulon, champion de France 2014, triple étoilé européen et deuxième de la phase régulière du Top 14, compte bien asseoir sa domination. Pour rentrer un peu plus dans la légende et offrir au manager une sortie digne de ce nom.
Mais avec une finale de Champions Cup disputée un mois plus tôt et des noms à faire frémir ses adversaires, le Racing 92 n’est pas en reste. Dan Carter, Chris Masoe, Joe Rokocoko… Malgré les absences de Juan Smith, Duane Vermeulen et Ma’a Nonu côté toulonnais, le casting fait saliver.
En hommage à la grande époque du Racing « show-biz », les partenaires de Dimitri Szarzewski entrent d’ailleurs sur la pelouse vêtus de blazers. 80 minutes plus tard, ils pourront sortir les costards. Tous, sans exception.
« Incompréhensible »
Coupable d’un plaquage « cathédrale » sur Matt Giteau, le demi de mêlée est logiquement exclu par l’arbitre Mathieu Raynal à la 18e minute de la finale. À cet instant, Toulon reprend même l’avantage grâce au pied d’Halfpenny (6-3). On se demande alors comment le match pourrait lui échapper.
Aujourd’hui, la perte de la bataille tactique, l’indiscipline, la méforme de certains cadres, ainsi que l’héroïsme et le talent des Racingmen figurent parmi les réponses. Mais, à l’époque, les mots manquent pour expliquer la défaite (21-29).
Sonné, comme son idole Mohamed Ali face à Joe Frazier en 1971, Boudjellal ne s’épanche pas devant la presse. « Incompréhensible » est le terme choisi par Guilhem Guirado, le capitaine. « L’équipe s’est délitée », remarque pour sa part Laporte.
Chilachava et les crampons maudits
Et puis, au-delà de l’essai du break de Gorgodze (29e, 14-6), de la réussite de Carter et Goosen face aux perches (24 points à eux deux), de l’exploit du magicien Rokocoko (59e, 14-26) ou de la réalisation de l’espoir signée Mermoz (71e, 21-26), une petite histoire commence à être ressassée.
Celle qui démarre à trois minutes du terme avec cette mêlée remportée par les Toulonnais à 5 m de ligne du Racing, alors que le RCT n’a « que » cinq points à rattraper. « La mêlée, la mêlée ! Oui, la mêlée ! », redemande Jean-Charles Orioli. Après avoir galéré pendant une heure à 15 contre 14, lui et ses coéquipiers voient enfin le destin leur esquisser un sourire.
Mais celui-ci est narquois. Pour solidifier son axe droit et aller chercher un essai de la victoire, le staff varois veut faire rentrer Levan Chilachava à la place du pilier Manasa Saulo. « Sauf qu’il a enlevé ses crampons ! », rembobine Laporte. « Il ne les a plus et, le temps qu’il les remette, l’arbitre fait reprendre le jeu. » Ubuesque.
Le Francilien Ben Tameifuna, lui, a été plus prévoyant. De retour sur le pré, cette fois à gauche de la mêlée, le colosse fait exploser le pack toulonnais et récupère une pénalité salvatrice. « Peut-être que si Levan rentre, nous gagnons cette mêlée, » reprend “Bernie”. « Ce n’est pas que de sa faute. C’est de la nôtre aussi… En fait, cet événement était à notre image ce jour-là. On n’a pas été bons. Sur le terrain comme en dehors. »
Avec, à l’arrivée, un fracaso monumental, comme on dirait à Barcelone.
Source : Nice Matin.
