Un train urbain pour désengorger Kinshasa
À Kinshasa, mégapole de près de 17 millions d’habitants étouffée par les embouteillages, l’unique train urbain vient d’être remis en service après quinze ans d’arrêt. Ce train, rapide mais bondé, est jugé « cher » à 2 000 francs congolais (environ 0,87 dollar) l’aller simple, mais il offre un rare échappatoire aux quartiers périphériques. Il s’inscrit dans le projet MetroKin, un réseau de 300 kilomètres soutenu par l’Africa Finance Corporation, à un moment où les mégapoles africaines cherchent à développer des transports de masse.
Un rare échappatoire aux embouteillages
Dès l’aube, des dizaines de passagers se pressent sur les quais poussiéreux pour embarquer dans le train qui dessert le centre-ville de Kinshasa. Le train bleu ciel, aux couleurs de la République démocratique du Congo, as un aller-retour quotidien entre les abords de l’aéroport et le centre-ville. À la gare de Masina, située à une dizaine de kilomètres du centre, la foule se bouscule pour trouver une place dans les rames bondées. Les passagers qui manquent l’arrêt, long de quelques secondes, doivent parfois grimper en marche.
Les billets coûtent 2 000 francs congolais pour un aller simple, 4 000 en classe deuxième et 5 000 en première. Les wagons sont souvent pleins à craquer, et la chaleur à l’intérieur est rapidement étouffante, faute de climatisation. Les passagers assis peuvent observer les avenues encombrées et les bidonvilles qui se sont développés autour des voies. D’autres regrettent les minibus jaunes qui encombraient autrefois les rues.
« On paie le même prix, mais ici, on n’a pas de place pour s’asseoir », se plaint Clovis Musa, habitant de Masina et commerçant au marché central.
Malgré ces inconvénients, le train offre un moyen de transport précieux pour les habitants des quartiers périphériques, qui passent souvent des heures dans les embouteillages. Un commerçant du centre-ville, Britey Mafuka, affirme qu’il dépense environ 380 dollars par mois en transports et qu’il avait même envisagé de déménager plus près de la ville avant la réouverture du train.
« Rapide », mais « cher »
Les transports de masse sont considérés comme essentiels pour l’avenir des mégapoles africaines, qui font face à un fort accroissement démographique et à une urbanisation souvent désordonnée. Selon les prévisions, Lagos, Kinshasa et Dar es Salaam seront parmi les villes les plus peuplées du monde d’ici 2100.
Cependant, à Kinshasa, les infrastructures de transport étaient restées largement sous-développées. Le réseau ferré, construit après l’indépendance, a été progressivement abandonné en raison du manque de fonds pour son entretien. Fin juin, le président Félix Tshisekedi a relancé le train urbain après près de 15 ans d’arrêt, dans le cadre du projet MetroKin, soutenu par l’Africa Finance Corporation.
La ligne rénovée permet de relier le centre-ville aux abords de l’aéroport en environ une heure et quinze minutes. Par la route, cela serait « pratiquement impossible », selon Chadrack Walele, responsable de la ligne. Actuellement, le train transporte entre 4 000 et 5 000 passagers par voyage, et des augmentations de la fréquence des rotations sont prévues.
À la gare centrale de Kinshasa, les avis des passagers sont partagés. « Nous sommes contents qu’ils aient relancé le train, c’est le transport le plus rapide », déclare Gabriel Mfutila, tout en s’inquiétant du coût élevé du transport pour les familles à faible revenu.
Source : Agence France-Presse

