Au Palais idéal du facteur Cheval, l’expérience sensible de Prune Nourry
Au fronton du Palais idéal, une inscription énigmatique attend le visiteur depuis 1905 : « défense de rien toucher ». Prune Nourry, sculptrice française née en 1985, a décidé de prendre cette phrase au pied de la lettre. Cet été, elle investit le monument d’Hauterives avec une exposition intitulée « à caresser », où les visiteurs sont invités à toucher et à appréhender les œuvres.
Dans une salle d’exposition attenante au Palais idéal, le parcours commence par une collaboration avec La Poste, un clin d’œil à Ferdinand Cheval, l’auteur de ce monument fantasque. En 2024, Nourry a conçu avec les services postaux le premier timbre en relief au monde, réalisé avec les élèves de l’Institut national des jeunes aveugles.
« La main choisie pour l’incarner est celle d’Aïcha, une jeune fille non-voyante », explique Frédéric Legros, directeur du Palais idéal. Le timbre devient le support d’une lettre adressée à Philomène, la seconde épouse de Cheval, sans qui rien n’aurait existé. Cette clause de mariage, stipulant que son mari n’accéderait à son argent qu’à condition de bâtir quelque chose, prend une dimension poétique.
L’exposition « Défense de rien toucher » ne s’adresse pas qu’aux yeux. Elle est conçue pour être accessible aux publics non-voyants, avec des plans en relief, des documentations en braille, des bandes podotactiles et une audiodescription intégrale. Un mois après son ouverture, le Palais idéal a déjà accueilli 25 000 visiteurs, témoignant de l’intérêt suscité par cette démarche.
Prune Nourry a une approche personnelle du toucher, renforcée par son expérience face à un cancer du sein survenu en 2016. La chimiothérapie menaçait de l’empêcher de sculpter, une épreuve qui a développé sa conscience de la matière et du contact. Son amitié avec la réalisatrice Agnès Varda a également nourri cette réflexion, lui inspirant la figure des amazones, guerrières mythologiques souvent mutilées.
L’exposition retrace 20 ans de carrière de l’artiste, intégrant des œuvres emblématiques comme les silhouettes en résine des « Terracotta Daughters » et des « Holy Daughters », qui abordent la condition féminine à travers des récits d’enfants abandonnés en Chine et en Inde.
À l’extérieur, six Vénus en bronze montent la garde devant le Palais, confectionnées avec de la terre d’Hauterives. Ces figures, nées d’un projet avec la Maison des Femmes de Saint-Denis, portent chacune une poignée de terre confiée par leurs modèles anonymes. Une version grandeur nature de 108 Vénus sera installée d’ici 2027 à la gare de Saint-Denis Pleyel, conçue par l’architecte Kengo Kuma.
L’exposition « Prune Nourry – Défense de rien toucher » se déroule du 31 mai au 6 septembre 2026 au Palais idéal du Facteur Cheval, situé à Hauterives.
Source : Beaux Arts Magazine