Le pastoralisme français : un modèle d’élevage d’avenir
Les incendies qui ravagent chaque été une partie de la France sont souvent présentés comme une fatalité climatique. Cependant, ils témoignent également d’un territoire dont les pratiques traditionnelles ont été progressivement abandonnées. La disparition des bergers entraîne une prolifération de broussailles, favorisant ainsi la propagation des flammes. L’histoire de la France, comme l’écrivait Jacques Bainville, n’est pas seulement une question de géographie, mais aussi d’une œuvre façonnée par des générations de paysans et de bergers.
Le pastoralisme, une des plus anciennes pratiques agricoles, remonte au Néolithique. Il a été un pilier de l’économie rurale, notamment durant le Moyen Âge. Les grandes drailles du Languedoc et les estives des Pyrénées sont devenues des artères essentielles d’une France vivant au rythme des troupeaux. Aujourd’hui, le Sénat, dans son rapport « Le pastoralisme : un modèle d’élevage d’avenir » (juin 2026), souligne que la France est passée de près de 1,6 million d’exploitations agricoles en 1970 à environ 390 000 aujourd’hui. Le pastoralisme ne concerne plus qu’environ 35 000 exploitations, soit 18 % des élevages d’herbivores, mais il entretient 5,4 millions d’hectares de surfaces pastorales.
Les fonctions du berger vont au-delà de la production de lait, de viande ou de laine. Il joue un rôle crucial dans l’entretien des chemins, la préservation des prairies, la biodiversité et la prévention des incendies. Le rapport du Sénat estime que le pastoralisme représente 8,5 milliards d’euros de valeur économique directe, auxquels s’ajoutent près de 10 milliards d’euros de services rendus à la collectivité.
À l’heure où la France se questionne sur sa souveraineté alimentaire et la revitalisation des territoires ruraux, le pastoralisme doit être perçu comme une tradition vivante, essentielle à l’équilibre écologique et économique. La reconnaissance de la transhumance au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO rappelle que les paysages français sont le fruit d’une mémoire collective, façonnée par des pratiques durables.
Source : Le Journal du Dimanche


