Pays riche en eau, communes en pénurie : le paradoxe suisse
La Suisse, souvent désignée comme le « château d’eau de l’Europe », fait face à un paradoxe frappant : bien qu’elle dispose d’une abondance d’eau, au moins 151 communes ont interdit cet été à leurs habitants de remplir leurs piscines ou d’arroser leurs jardins. Cette situation soulève des questions sur la gestion des ressources hydriques dans un pays où l’approvisionnement en eau est généralement considéré comme suffisant.
Le 22 juin, les habitants de plusieurs villages du canton de Fribourg ont reçu des instructions pour limiter leur consommation d’eau, ce qui a entraîné l’interdiction de remplir les piscines, d’arroser les jardins et de laver les véhicules. Bien que les précipitations de cette année soient inférieures à la normale, la ressource en eau est inégalement répartie à travers le pays, entraînant des craintes de pénurie dans certaines communes tandis que d’autres n’ont pas de raisons de s’inquiéter.
En date du 24 juillet, plus de 194 communes avaient appelé leurs habitants à économiser l’eau, et au moins 151 avaient imposé des restrictions formelles, avec des amendes pouvant atteindre 2000 francs. Les règles varient considérablement d’une commune à l’autre ; certaines, comme un village du Tessin, appliquent des restrictions selon le jour de la semaine et le numéro de maison, tandis que d’autres se contentent de recommandations.
Dans le système fédéral suisse, chaque canton est responsable de l’approvisionnement en eau, permettant aux communes de définir leurs propres règles. Cela a conduit à un paysage complexe où les décisions locales peuvent diverger même dans des zones géographiquement proches. Par exemple, Fribourg exige que ses communes signalent les restrictions sur une carte interactive, tandis que d’autres cantons ne suivent pas systématiquement les mes.
Les raisons derrière ces restrictions sont multiples. La première est la pénurie d’eau due à des sources locales dont le débit peut diminuer rapidement en période de sécheresse. La deuxième est d’ordre financier, car certaines communes doivent acheter de l’eau à des prix élevés pour compenser les pics de consommation. Enfin, les infrastructures existantes ne sont pas toujours adaptées pour faire face à une demande soudaine, ce qui peut entraîner des ruptures d’approvisionnement.
Les prévisions climatiques indiquent que de tels épisodes de sécheresse pourraient devenir plus fréquents. Entre avril et juin 2026, les précipitations en Suisse n’ont atteint que 56 % de la moyenne observée entre 1991 et 2020, égalant ainsi le niveau le plus bas enregistré depuis 1901.
Ainsi, la Suisse, malgré son statut de pays riche en eau, doit naviguer dans un système complexe de gestion des ressources hydriques, illustrant que la disponibilité d’une ressource ne garantit pas son accessibilité pour tous.
Source : Swissinfo



