Milices numériques anti-journalistes au Burkina Faso : Menaces sur l’information
Le harcèlement des journalistes au Burkina Faso et au Mali est devenu un phénomène alarmant. Des réseaux de soutien à la junte exploitent les réseaux sociaux pour désigner les journalistes comme des ennemis. En mai 2026, une enquête menée par Reporters sans frontières (RSF) a mis en lumière l’un de ces réseaux au Burkina Faso. Derrière des vidéos de propagande et des campagnes de harcèlement, certains journalistes ont été contraints de rejoindre le front, voire emprisonnés.
Issaka Lingani, directeur de publication de l’hebdomadaire L’Opinion, est un exemple frappant. Avec quarante ans de carrière, cet éditorialiste est connu pour ses critiques du régime d’Ibrahim Traoré. Il a été l’une des premières cibles du Bataillon d’intervention rapide de la communication (BIR-C), un réseau aux méthodes bien identifiées : propager, désigner des cibles, et harceler. Lingani relate avoir reçu quotidiennement entre cinquante et cent appels de menaces, allant jusqu’à des menaces physiques. Après une émission populaire, il a été réquisitionné pour servir au front.
D’autres journalistes, comme Yacouba Ladji Bama, fondateur du média Bam Yinga, ont également subi des réquisitions illégales, certaines d’une durée de plus de dix mois. Selon RSF, le BIR-C joue un rôle central dans ces actions. Deux comptes Facebook, Wangrin Zerbo et Bationo de Kyon, affichent respectivement 59 000 et plus de 223 000 abonnés, et sont des vecteurs de désinformation.
Les enquêtes révèlent des connexions inquiétantes jusqu’aux cercles du pouvoir. Après des attaques numériques contre la journaliste de Sky News, Yousra Elbagir, le numéro du ministre de la Défense, Célestin Simporé, a été identifié dans des discussions d’un groupe WhatsApp lié au BIR-C. Bien qu’aucun élément ne prouve un soutien officiel de l’État, il existe des indications d’une forme d’encouragement aux activités de ce réseau.
Le phénomène de harcèlement des journalistes ne se limite pas au Burkina Faso. Au Mali, d’autres réseaux pro-junte participent également à cette dynamique de pression et de répression.
Source : Reporters sans frontières

