[Série 3/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : lors du second quinquennat, « le Sénat est un peu le roi du pétrole »

Macron et le Sénat : 10 ans de relations

Emmanuel Macron, réélu lors de la présidentielle de 2022 face à Marine Le Pen, entame son second quinquennat dans un contexte politique marqué par une majorité relative à l’Assemblée nationale. Cette situation a profondément modifié la dynamique entre l’exécutif et le Sénat, qui joue désormais un rôle central dans le processus législatif.

Une nouvelle dynamique législative

Depuis 2022, le Sénat a vu son influence croître, devenant souvent le point de départ des textes législatifs. Auparavant, la majorité absolue permettait à l’exécutif de légiférer sans négocier, mais cette époque est révolue. Le groupe des députés Les Républicains (LR), fort de 61 voix, s’est avéré crucial. Au lieu de négocier directement avec eux, le gouvernement a choisi de collaborer avec le groupe LR du Sénat, dirigé par Bruno Retailleau.

Benjamin Morel, constitutionnaliste, souligne cette inversion : « Avant 2022, la quasi-totalité des textes passait par la procédure accélérée. À partir de 2022, la plupart des textes débutent leur parcours législatif au Sénat. C’est la période où le Sénat est un peu le roi du pétrole. »

La réforme des retraites comme exemple

La réforme des retraites, portée par Élisabeth Borne, illustre bien cette nouvelle donne. L’exécutif s’est inspiré de la version sénatoriale, qui propose un report de l’âge de départ à 64 ans. Benjamin Morel indique qu’« il y a un deal entre l’exécutif et la droite sénatoriale », renforçant ainsi la position du Sénat.

Roger Karoutchi, ancien vice-président du Sénat, tempère cependant cette analyse, affirmant que malgré des apparences de collaboration, le gouvernement n’a pas véritablement abandonné son pouvoir.

Une conjoncture fragile

Entre 2022 et 2024, la relation entre le gouvernement et le Sénat est marquée par une « conjonction d’intérêts extrêmement fragile », selon Benjamin Morel. Les divergences entre les groupes LR de l’Assemblée et du Sénat compliquent les interactions, et les alliances sont souvent implicites et non assumées.

La dissolution de l’Assemblée nationale, annoncée par Macron après une défaite électorale, a révélé davantage de tensions. Benjamin Morel qualifie cette décision de « dissolution la plus couillonne de toute l’histoire constitutionnelle », soulignant les erreurs d’appréciation du gouvernement.

Le rôle du Sénat dans la gouvernance

L’arrivée de Michel Barnier à Matignon en septembre 2024, membre des LR, visait à rasr la droite et à stabiliser la majorité. Cependant, ce rapprochement avec le Sénat n’a pas duré. Après l’échec de Barnier, François Bayrou a été nommé, mais les relations se sont à nouveau tendues.

À présent, Emmanuel Macron semble vouloir se concentrer sur un bilan de fin de quinquennat, reléguant les préoccupations sénatoriales au second plan. Benjamin Morel conclut que « soigner le Sénat n’est plus la priorité », malgré les bénéfices que cette institution a tirés de la période macroniste, notamment en renforçant son rôle dans le processus législatif.

En somme, la relation entre le Sénat et l’exécutif a évolué, oscillant entre collaboration et tensions, avec des implications importantes pour la gouvernance française.

Source : Public Sénat

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