Macron et le Sénat : 10 ans de relations, du « Sénat bashing » à une aura retrouvée
Et si l’élection d’Emmanuel Macron était la meilleure chose qui soit arrivée au Sénat ? À son arrivée au pouvoir en 2017, le nouveau Président a d’abord joué la carte du nouveau monde contre l’ancien, plongeant le Sénat dans une période difficile. L’institution a été attaquée et caricaturée, jugée pas assez représentative et vieillissante par rapport à l’Assemblée nationale. Ce phénomène a été désigné comme du « Sénat bashing », avec un sondage YouGov de septembre 2017 révélant que 60 % des Français étaient favorables à la suppression du Sénat.
Retour en grâce
Emmanuel Macron a lui-même contribué à alimenter ce climat de défiance. Dans une lettre aux Français, suite au grand débat post-gilets jaunes, il a questionné le rôle des assemblées, y compris celui du Sénat, en évoquant la nécessité de leur transformation. Cependant, au fil des années, la Haute assemblée a réussi à redorer son blason. Dix ans après l’arrivée de Macron, le Sénat a su se repositionner, en partie grâce à un Président qui a déjoué le bipartisme traditionnel.
Un rôle de contre-pouvoir
Les membres de la Haute assemblée ont su jouer un véritable rôle de contre-pouvoir, notamment à travers des commissions d’enquête, comme celle sur l’affaire Benalla. Benjamin Morel, maître de conférences en droit public, souligne qu’avant Macron, le Sénat avait subi quinze ans d’attaques, commençant avec Lionel Jospin qui parlait d’« anomalie démocratique ». Le Sénat a tenté de répondre à ces critiques en s’autoréformant.
Évolution de l’image
Aujourd’hui, le Sénat s’est renforcé et a amélioré son image. Les idées du nouveau monde semblent avoir vécu, et les sénateurs sont désormais perçus comme une institution plus légitime. Roger Karoutchi, sénateur LR, confirme que le Sénat a gagné en pouvoir de contrôle et en visibilité, notamment à travers ses commissions d’enquête. Avec la majorité relative de 2022 à 2024, le Sénat pourrait jouer un rôle clé dans le processus législatif.
Un poids législatif accru
Le Sénat a pesé sur le plan législatif, notamment lors de la réforme des retraites. Emmanuel Macron a dû, en conséquence, « rendre du pouvoir au Parlement ». Karoutchi estime que l’après 2027 pourrait être plus parlementaire que la période macroniste. Le Sénat est désormais perçu comme un contre-pouvoir nécessaire, ayant retrouvé une forme d’aura.
Une institution à l’image contrastée
Malgré ces avancées, le Sénat demeure marqué par des clivages politiques qui ne reflètent pas nécessairement la société actuelle, dominée par les LR et le PS. Benjamin Morel note que des partis comme le RN et LFI manquent d’une représentation significative au Sénat, ce qui peut affaiblir son image auprès du public.
Perspectives d’évolution
Les élections sénatoriales de septembre 2026 pourraient marquer un tournant, avec l’éventualité de l’émergence d’un groupe RN. Cela pourrait témoigner d’un ancrage territorial qui est dans l’ADN du Sénat, une institution qui, bien qu’en décalage avec les tendances politiques actuelles, reste relativement stable.
Source : Public Sénat



