Macron et le Sénat : 10 ans de relations marquées par l’affaire Benalla
Lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, un tournant majeur s’est produit le 18 juillet 2018. La révélation par Le Monde qu’un chargé de mission de l’Élysée, Alexandre Benalla, avait agi aux côtés des forces de l’ordre le 1er mai, frappant des manifestants à Paris, a entraîné une crise politique significative. Cette affaire, rapidement qualifiée d’affaire Benalla, a propulsé le Sénat en tant que contre-pouvoir face à un exécutif jugé omnipotent.
La Haute assemblée, dominée par des élus de droite et du centre, a réagi promptement en lançant une commission d’enquête. Sous la direction de Philippe Bas, président LR de la commission des lois, deux rapporteurs, le socialiste Jean-Pierre Sueur et la sénatrice LR Muriel Jourda, ont collaboré pour examiner cette affaire, malgré leurs divergences politiques.
Face à la détermination de Philippe Bas, la commission d’enquête a gagné en visibilité, devenant même un sujet de discussion populaire sur le forum jeuxvideos.com, utilisé par les jeunes adultes. Le constitutionnaliste Benjamin Morel a souligné l’impact médiatique de cette commission, témoignant de l’intérêt croissant du public pour les travaux du Sénat.
Les tensions entre le Sénat et l’exécutif se sont intensifiées, notamment lorsque les sénateurs ont convoqué Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, et Patrick Strzoda, directeur de cabinet. Emmanuel Macron a lui-même exacerbé ces tensions en déclarant devant les parlementaires LREM qu’il était « devant eux » si un responsable était recherché, tout en sachant que le Sénat ne pouvait pas auditionner le président.
La commission d’enquête sur l’affaire Benalla a permis au Sénat de se positionner comme un contre-pouvoir. La faiblesse de la commission d’enquête à l’Assemblée nationale, souvent limitée par la majorité, a favorisé cette dynamique. Roger Karoutchi, sénateur LR, a affirmé que le Sénat avait créé une version moderne de la commission d’enquête, alors que l’Assemblée n’effectuait que peu de contrôle.
À l’époque, les macronistes étaient minoritaires au Sénat, ce qui a permis d’établir une commission d’enquête interpartisane. Ce contexte a permis au Sénat de renforcer son rôle de contrôle de l’action du gouvernement, face à une législation où il se sentait marginalisé.
L’enquête a également révélé des dysfonctionnements au sein de l’Élysée, soulevant des questions cruciales sur l’autorisation d’Alexandre Benalla à agir. Les sénateurs ont agi avec un certain zèle, en reconnaissant que cela pouvait contrarier l’Élysée.
Les tensions ont atteint leur paroxysme lorsque Christophe Castaner, alors délégué général de La République En Marche, a accusé les sénateurs d’être des « menaces pour la République ». Cependant, certains, comme Roger Karoutchi, ont considéré ces tensions comme exagérées, soulignant que l’affaire relevait davantage des dysfonctionnements internes à l’Élysée que d’une menace directe sur le président.
D’autres commissions d’enquête ont suivi, mais aucune n’a atteint le niveau de médiatisation de l’affaire Benalla. Des enquêtes sur la gestion de la crise du Covid-19 et sur des cabinets de conseil, parmi d’autres, ont été réalisées, mais sans susciter le même intérêt public.
Cette nouvelle approche des commissions d’enquête, influencée par le modèle américain, a modifié la perception des rôles institutionnels. Toutefois, selon Roger Karoutchi, depuis 2022, les commissions d’enquête n’ont pas eu le même impact médiatique, en raison d’un changement dans la dynamique politique, où le Sénat est devenu un interlocuteur constructif pour l’exécutif.
À l’avenir, la situation politique évoluera, notamment avec les élections de 2024, où le rôle du Sénat pourrait encore changer, passant d’opposant à allié pragmatique des macronistes.
Source : Public Sénat



