Le Web s’écrit désormais pour l’IA
Nous avons appris à construire des sites pour les humains, puis à les optimiser pour Google. Il faut désormais compter avec un troisième lecteur : l’intelligence artificielle. Le magazine TIME sert déjà à certains robots des versions de ses pages différentes de celles que nous voyons. Et, puisqu’il fallait bien que cela arrive, la publicité s’y est installée.
Pendant trente ans, le Web a été progressivement complexifié pour les utilisateurs humains, avec des cookies à accepter, des pop-ups à fermer, des vidéos qui démarrent automatiquement, et de nombreux éléments JavaScript pour afficher un contenu minimal. Les intelligences artificielles, elles, n’ont visiblement pas cette patience.
Ainsi, un Web distinct est en train de se former, plus propre et mieux structuré, offrant une sorte de coupe-file VIP pour les robots. Ces derniers peuvent maintenant accéder à des pages spécialement conçues pour eux.
Depuis juin dernier, TIME a commencé à convertir ses pages Web en Markdown, un format textuel simplifié, afin de faciliter leur lecture par les systèmes d’IA. Ce processus a été révélé fin juillet par Digiday, puis détaillé par d’autres médias. Lorsqu’un navigateur ou un robot demande une page à un serveur HTTP, il peut se présenter avec un en-tête User-Agent. Les acteurs de l’IA possèdent désormais leurs propres crawlers.
L’expérience menée par The Register a montré que, en se présentant comme OAI-SearchBot ou ClaudeBot, il était possible d’obtenir une version Markdown contenant du contenu sponsorisé, alors qu’un navigateur traditionnel comme Googlebot recevait la version HTML classique. Ainsi, une même URL peut offrir deux représentations distinctes du contenu.
TIME collabore avec la société publicitaire Mobian, et parmi les premiers annonceurs figurent Ally Bank et le Project Management Institute. Étant donné que les robots ne peuvent pas visualiser les bannières publicitaires, la publicité prend une nouvelle forme, souvent sous la forme de petites bases de connaissances.
Ce passage à un format optimisé pour les machines soulève des questions sur la nature même de la publicité et sur comment les entreprises peuvent désormais influencer les recommandations d’IA. Le Generative Engine Optimization (GEO) émerge comme un nouveau paradigme, où le contenu doit être suffisamment clair et structuré pour être exploité par des systèmes d’IA.
Ainsi, le Web, qui avait traditionnellement deux lecteurs — les humains et les moteurs de recherche — en possède désormais trois, avec l’émergence des agents et moteurs génératifs. Cela pose une question essentielle pour les développeurs et les responsables de contenu : quelle information voulons-nous rendre accessible aux machines et sous quelle forme ?
La réponse à cette question pourrait avoir des implications majeures quant à la manière dont les recommandations d’IA seront perçues et acceptées par les utilisateurs.
Source : TIME.



