Divisée par Erdogan, l’opposition turque crée un nouveau parti
“Nous sommes à un tournant historique”, a déclaré Özgür Özel à la tribune de l’Assemblée nationale turque, mardi 21 juillet, lors de la réunion hebdomadaire du groupe parlementaire du CHP, ainsi que l’a relayé la chaîne d’opposition en ligne Tele2. L’homme, qui est devenu le principal opposant depuis l’emprisonnement en mars 2025 du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, a annoncé avec “tristesse” son départ du CHP pour fonder un nouveau parti d’opposition.
À la fin mai, la justice turque avait démis Özel de ses fonctions de chef du parti pour réinstaller son prédécesseur, Kemal Kiliçdaroglu, qui a multiplié les divisions internes et les signes de collaboration avec le pouvoir autoritaire du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Ce changement représente un tournant significatif pour le CHP, premier parti de la République turque, fondé en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk.
Mettre fin au régime présidentiel
Le nouveau parti promet le retour à une démocratie parlementaire, remplaçant le système présidentiel instauré par Erdogan, ainsi que l’indépendance de la justice, comme l’indique le quotidien de gauche Birgün. Plusieurs propositions sont envisagées pour soutenir les catégories de population les plus touchées par l’inflation et les inégalités, notamment les retraités et les travailleurs au salaire minimum.
Une majorité écrasante des députés du CHP à l’Assemblée s’oppose à la direction actuelle et devrait soutenir cette initiative, estime Deutsche Welle Türkçe, qui évoque environ une centaine d’élus potentiellement en partance sur les 138 que compte le CHP. Le nouveau parti, dont la création est prévue pour septembre, pourrait également attirer un soutien plus large, incluant des conservateurs et des groupes kurdes et de gauche, selon la politologue Seren Selvin Korkmaz. “Si le processus de formation du nouveau parti est géré correctement, la tentative du pouvoir de diviser l’opposition pourrait se retourner contre lui”, ajoute-t-elle.
Cependant, l’avenir d’Özgür Özel demeure incertain, étant donné qu’il fait face à de nombreux procès. Parmi ses anciens collègues du CHP, une vingtaine d’entre eux, ralliés à la nouvelle direction, seraient prêts à voter pour lever son immunité parlementaire, rapporte le quotidien Sabah.
Source : Courrier International, Deutsche Welle Türkçe, Birgün, Sabah
