La « priorité nationale » défendue par le Rassemblement national en matière de logement social s’appuie sur plusieurs statistiques. Des chiffres tirés d’études bien réelles, mais qui ne peuvent pas être interprétés de la façon dont le parti les présente.
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« Aujourd’hui, 70% des Français sont éligibles au parc social et seulement 11% en bénéficient. » En meeting à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) dimanche 13 septembre, la candidate du Rassemblement national (RN) à l’élection présidentielle, Marine Le Pen, a invoqué ces chiffres pour défendre la « priorité nationale » dans l’accès au logement social. « Il n’y a que 11% des Français qui sont dans ces logements », a renchéri la députée RN Laure Lavalette, ajoutant que les « étrangers sont surreprésentés » dans le parc social.
Ces statistiques, bien que réelles, ne peuvent pas être interprétées de la manière dont le RN les présente. Le chiffre de 70% est issu d’une étude de l’Agence nationale de contrôle du logement social (Ancols), publiée en mars 2023, qui indique qu’environ sept ménages sur dix « résidents en France métropolitaine » ont des revenus suffisamment faibles pour être éligibles à au moins une catégorie de logement social. Ce chiffre ne se limite pas aux « Français », mais inclut tous les ménages vivant sur le sol français, quelle que soit leur nationalité.
De plus, l’Ancols précise que ce taux est « à relativiser ». Il englobe 17% de ménages qui ne peuvent prétendre qu’aux logements sociaux réservés aux catégories de revenus les plus élevées, représentant seulement 7% du parc social. Par ailleurs, la simple éligibilité ne signifie pas que ces ménages souhaitent vivre en HLM; un ménage peut être propriétaire, locataire dans le privé, ou ne pas avoir fait de demande.
Quant au chiffre de 11%, il provient d’une enquête de l’Institut national d’études démographiques (Ined) et de l’Insee, menée en 2019 et 2020. Cela correspond à la part des personnes de 18 à 59 ans « sans ascendance migratoire ou ultramarine » vivant dans un logement du secteur social, une proportion qui atteint 27% chez les descendants d’immigrés et 35% parmi les immigrés. Cependant, cette classification ne correspond pas à la nationalité française, car elle exclut les naturalisés et les Français ayant un parent immigré.
En réalité, les données de l’Insee montrent qu’en 2013, près de 79,5% des ménages du parc social comprenaient une personne de référence française de naissance et 8,6% française par naturalisation. Ainsi, il est incorrect de laisser entendre que les Français ne représentent que 11% des logements sociaux.
Les étrangers sont effectivement plus présents dans le parc social que dans la population générale. Selon l’Union sociale pour l’habitat (USH), 16% des locataires du parc social sont de nationalité étrangère, contre près de 8% dans l’ensemble de la population. Cette surreprésentation est attribuée à des conditions socio-économiques plus défavorables.
Ces chiffres ne signifient pas pour autant que les étrangers bénéficient d’avantages particuliers lors des attributions. Selon les données du système national d’enregistrement, 14% des demandes déposées par des ménages français aboutissent à une attribution, contre 13% pour les étrangers hors Union européenne et 12% pour ceux de l’UE.
Source : Franceinfo

