L’intelligence artificielle, le secret de productivité le mieux gardé des bureaux romands
En Suisse romande, 72% des travailleurs et travailleuses utilisent l’intelligence artificielle, selon une étude Qualinsight. Cependant, beaucoup le font en cachette de leur employeur, par peur du jugement ou de perdre leur emploi. Le nombre de Romandes et Romands qui utilisent l’IA au travail a décuplé en deux ans. Pourtant, cette révolution technologique reste largement invisible : nombreux sont ceux qui n’en parlent pas ouvertement, préférant garder secret cet outil de productivité.
Les raisons de cette discrétion sont multiples.
La peur de se justifier ou d’être remplacé
Certains craignent pour leur image professionnelle. Les employés redoutent également de devoir justifier leur utilisation de l’IA. Julia Vaez, analyste fonctionnelle à la Fondation Asile des Aveugles, reconnaît ce dilemme : « Ça me prend presque autant de temps d’aller relire ce que l’IA a fait que de l’avoir fait moi-même et là, je trouverais normal que mon employeur me dise : ‘mais attends, est-ce que tu es vraiment en train de gagner du temps ou est-ce que tu es juste en train de t’amuser avec un gadget ?' », a-t-elle déclaré dans le 19h30. La crainte d’être remplacé par la technologie plane également. « Si un jour ça ne marche pas, est-ce que je saurais le faire toute seule ? Parce qu’au bout d’un moment, quand on délègue toujours la tâche, on a un doute », confie encore l’analyste.
Un cadre flou
Claudia Milheirao, co-responsable de la gestion ophtalmique du patient à l’Hôpital Jules-Gonin à Lausanne, utilise l’IA pour corriger ses mails. Elle envisage d’automatiser les rapports médicaux, mais hésite face à un cadre jugé trop flou. « Est-ce que j’ai mis une information que je n’aurais pas dû ? Est-ce que j’ai posé une question sensible ? Ce qu’il faudrait avoir de la part de la direction, c’est de nous dire : ‘nous allons utiliser ça, vous pouvez utiliser cette intelligence artificielle’, et de nous dire quelles sont les règles du jeu », explique-t-elle. « Pour l’instant, ce n’est pas clair, parce qu’il n’y a pas de cadre défini. »
Le risque du ‘shadow AI’
Face à cette incertitude, certaines entreprises ont choisi d’interdire purement et simplement l’utilisation de l’IA. Une stratégie contre-productive, selon Matthieu Corthésy, formateur en IA : « Toutes les entreprises qui ont interdit l’utilisation de l’IA au départ font face à ce qu’on appelle le ‘shadow AI’, c’est-à-dire des gens qui utilisent l’IA sans le dire. » Il ajoute : « Nous, on le voit dans les formations parce que ces employés viennent nous le dire après coup (.) il y a donc toute cette utilisation en sous-marin. C’est problématique parce qu’il y a un risque pour la protection des données. »
Former plutôt qu’interdire
La Fondation Asile des Aveugles à Lausanne a choisi une approche différente en formant ses employés à l’IA. Une démarche encore rare en Suisse romande. « Comme nous manipulons des données de santé qui sont extrêmement sensibles, plutôt que d’interdire, ce qui ne nous semble pas très productif, on préfère accompagner les collaborateurs », explique Edwige Forestier, responsable du système d’information clinique et métier à l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin. Un accompagnement d’autant plus nécessaire que moins de la moitié des employés disposent d’un cadre clair dans leur entreprise, selon l’étude de Qualinsight.
Source : Qualinsight.