L’Indonésie se transforme-t-elle en “république bananière” ?

L’Indonésie se transforme-t-elle en “république bananière” ?

Un programme social emblématique du président indonésien, Prabowo Subianto, est désormais au cœur d’un scandale de corruption. Ce dispositif, destiné à fournir des repas gratuits et nutritifs dans les cantines scolaires, a coûté plus de 6 milliards d’euros de fonds publics en moins de deux ans. Fin juin, le parquet indonésien a inculpé deux policiers hauts gradés pour détournement de fonds, mettant en lumière une corruption généralisée au sein de l’Agence nationale de la nutrition, responsable de la mise en œuvre du programme.

La situation s’est intensifiée avec des perquisitions menées par la police dans plusieurs résidences liées à Febrie Adriansyah, le procureur général adjoint en charge des affaires pénales spéciales. Ces opérations ont conduit à la saisie de 74 kilos d’or et près de 500 milliards de roupies en liquide, soit environ 24 millions d’euros, dans le cadre d’enquêtes sur de présumées extorsions par des procureurs.

Selon l’hebdomadaire Tempo, qui a consacré son éditorial à cette affaire, ces actions représentent une opération de représailles, où la police et le parquet semblent utiliser leurs prérogatives l’un contre l’autre, illustrant une dynamique où « la meilleure défense, c’est l’attaque ».

“Prisonnier de son colonialisme intérieur”

Cet affrontement au sommet de l’État rappelle les caractéristiques d’une “république bananière”, un terme créé par l’écrivain américain O. Henry en 1904 pour désigner un pays fictif, Anchuria, dont l’économie reposait sur l’exportation de bananes tout en étant gangrenée par la corruption. Cette métaphore désigne aujourd’hui des États dominés par une oligarchie, dépendants des matières premières et souffrant d’un droit défaillant.

Bien que ces dénonciations puissent sembler positives pour la lutte contre la corruption, Tempo met en garde contre le risque que ces malversations soient utilisées à des fins politiques, sans intervention présidentielle, ce qui pourrait affaiblir encore davantage l’État de droit au détriment du peuple indonésien.

Le journal conclut en notant que, bien que l’Indonésie ne soit pas Anchuria, la situation actuelle pourrait susciter de vives inquiétudes.

Source : Tempo

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