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L’État doit-il s’intéresser à nos ventres ? Pour une puissance publique démocratique et féministe

L’État doit-il s’intéresser à nos ventres ?

Alors que la chute de la natalité et les enjeux démographiques s’imposent dans le débat public, Émilie Agnoux, directrice de l’Observatoire de l’action et de la puissance publiques de la Fondation, interroge le rôle de l’État dans la construction et l’élaboration de l’action publique. Celle-ci devrait, selon l’autrice, être guidée par des principes de neutralité, d’éthique, de représentation démocratique et de reconnaissance.

Les effets des politiques publiques natalistes ou familiales étant limités pour infléchir la natalité, il est pertinent de s’interroger sur l’insistance à vouloir renforcer l’intervention publique pour enrayer la baisse démographique. Cette question est accentuée par l’expression de « réarmement démographique » utilisée par le président de la République, qui révèle une approche problématique d’un sujet à la fois politique et intime.

La question démographique met en lumière le rapport ambivalent que les Françaises et les Français entretiennent avec la puissance publique, ainsi que les biais et présupposés, notamment sexistes, qui sous-tendent les politiques publiques. L’action publique exerce une influence complexe sur les comportements humains et n’est pas toujours animée d’intentions bienveillantes, même en démocratie. En effet, l’État peut reproduire des modèles familiaux et des normes de genre à travers ses cadres d’action.

L’ambivalence du rapport aux parentalités et aux institutions est souvent évacuée au profit d’un solutionnisme qui renforce la bureaucratie nataliste. L’instrumentalisation des femmes et des enfants à travers des politiques familiales soulève des questions éthiques. En démocratie, il serait plus judicieux de se réjouir de l’impuissance publique à influer sur des choix intimes, plutôt que de se concentrer sur des objectifs natalistes.

La préoccupation démographique actuelle devrait inciter à repenser une puissance publique émancipatrice et accueillante. Cela pourrait reposer sur quatre piliers : l’émergence d’une parole publique sans injonction morale, la reconnaissance de la contribution sociale des femmes, la fixation de limites éthiques dans l’intervention publique et la représentation démocratique de tous les intérêts.

En 2023, un rapport a révélé que 63 % des agents de la fonction publique sont des femmes, mais seulement 44 % d’entre elles occupent des postes de catégorie A+. De plus, 73 % des femmes estiment que le secteur public n’est pas égalitaire dans son fonctionnement quotidien. Ces chiffres soulignent la nécessité de revoir les modalités d’intervention publique pour garantir une véritable égalité.

Le débat public actuel biaise la perception de la natalité, qui est souvent présentée comme un problème économique plutôt que comme un choix personnel. L’urgence de la situation stérilise la réflexion, tandis que des termes tels que « déclin » alimentent la peur et disqualifient d’autres narratifs. L’invisibilisation des femmes dans ce débat aggrave la situation, car ce sont elles qui portent les enfants et en assument les conséquences.

En somme, la question de la natalité ne devrait pas être une simple question d’État, mais plutôt un sujet qui mérite un débat démocratique approfondi. L’État doit s’interroger sur sa légitimité à influencer les choix intimes des individus et garantir un cadre qui respecte la diversité des situations familiales.

Source : Émilie Agnoux, Observatoire de l’action et de la puissance publiques, Fondation.

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