Les vides cosmiques, une fenêtre inédite sur l’Univers
L’étude des vides cosmiques, ces vastes régions de l’Univers presque dépourvues de matière et de galaxies, connaît un regain d’intérêt parmi les astrophysiciens. Ces dernières années, des avancées technologiques et l’accumulation de nouvelles données ont permis de faire progresser considérablement la recherche dans ce domaine, ouvrant la voie à des découvertes potentielles concernant des éléments fondamentaux de la cosmologie, tels que la matière noire et l’énergie noire.
Jusqu’à récemment, l’étude des vides cosmiques était marginale, en grande partie à cause du manque de données. Toutefois, des chercheurs comme Alice Pisani, de l’université de Princeton, soulignent que le moment est venu d’explorer ces régions. Selon David Spergel, également de Princeton, « le moment est venu d’utiliser les vides » en cosmologie. De plus, Benjamin Wandelt, de l’Institut Lagrange à Paris, affirme que « les vides ont vraiment pris leur essor. Ils deviennent un sujet d’actualité ».
La découverte des vides cosmiques remonte aux années 1980, mais leur existence a d’abord été perçue comme une anomalie. Les astronomes pensaient que la matière dans l’Univers se répartissait de manière homogène, une idée soutenue par l’étude du fond diffus cosmologique. Cependant, des relevés effectués dans les années 1970 et 1980 ont révélé des structures filamentaires, avec des régions denses entourées de vastes vides. En 1981, un vide d’environ 400 millions d’années-lumière de diamètre a été identifié dans la direction de la constellation du Bouvier.
Pour établir une cartographie tridimensionnelle des galaxies et des vides, les scientifiques doivent mer les distances entre la Terre et ces galaxies. Des projets comme le Sloan Digital Sky Survey (SDSS) ont permis d’approfondir notre compréhension des vides, confirmant leur présence à grande échelle.
Les vides cosmiques offrent des laboratoires idéaux pour étudier l’énergie noire, une force mystérieuse qui provoque l’accélération de l’expansion de l’Univers. En effet, ces régions sont moins perturbées par les interactions complexes qui se produisent dans les amas de galaxies, ce qui permet une modélisation plus précise.
À l’avenir, des missions telles qu’Euclid de l’Agence spatiale européenne, lancée en juillet 2023, et le télescope spatial Nancy-Grace-Roman, prévu pour 2026, devraient permettre d’augmenter considérablement l’inventaire des vides connus. Selon Alice Pisani, « dans les cinq ou dix prochaines années, nous aurons catalogué des centaines de milliers de vides ».
L’intérêt croissant pour les vides cosmiques pourrait potentiellement éclairer des questions fondamentales sur la nature de la matière noire et des neutrinos, des particules élémentaires omniprésentes mais rarement détectées. Les avancées dans ce domaine pourraient fournir des informations cruciales pour résoudre certains des grands mystères de l’Univers.
Source : Pour la Science

