Les chercheurs et chercheuses qui étudient la Chine depuis l’étranger sont confrontés à des contrôles de plus en plus stricts qui entravent leur travail. La Suisse ne fait pas exception. Ces scientifiques demandent davantage de soutien de la Confédération.
Depuis 2016, la chercheuse Simona Grano, maître de conférences à l’Université de Zurich, a réorienté ses recherches en réduisant son engagement avec la Chine, en raison de la difficulté croissante à mener des travaux de terrain. « Les chercheurs comme moi ne peuvent plus poser de questions ouvertement ni rencontrer des informateurs sans une surveillance stricte », déclare-t-elle.
Les chercheurs suisses, comme ceux d’autres pays, signalent que la recherche sur la Chine est devenue un véritable parcours du combattant. Ils estiment que la Confédération ne les soutient pas suffisamment dans ce contexte de restrictions accrues.
Le tournant
Selon Ariane Knüsel, chercheuse senior à l’Université de Fribourg, le tournant s’est produit entre 2014 et 2015, lorsque la Chine a commencé à imposer des lois pour intensifier la surveillance des organisations étrangères. Avant cela, le milieu universitaire chinois était relativement ouvert.
En 2014, la Chine a adopté une version révisée de la loi sur la lutte contre l’espionnage, suivie d’une loi sur la sécurité nationale. Des lois sur la sécurité des données et la protection des informations personnelles ont été mises en place, imposant des restrictions au transfert de données de recherche hors de Chine.
En 2023, la China National Knowledge Infrastructure (CNKI) a suspendu temporairement l’accès à certains ensembles de données depuis l’étranger, compliquant davantage l’accès à l’information.
Ce durcissement législatif a des conséquences directes sur l’accès aux informations et la capacité des chercheurs à mener des travaux de terrain, les poussant à s’autocenr pour éviter des répercussions.
L’accès aux sources est difficile
Ariane Knüsel indique que depuis 2014, l’accès à certaines archives en Chine est restreint, rendant la recherche sur des sujets sensibles, tels que le massacre de Tian’anmen, encore plus complexe.
L’autocen dépasse les frontières
Filip Jirouš, de l’Université de Bâle, souligne que des chercheurs étrangers sont parfois interrogés par les autorités chinoises, créant un climat de peur qui s’étend au-delà des frontières. Des incidents récents montrent que des universitaires suisses ont également été affectés par des pressions externes.
Moins de collaboration
Laure Ognois, responsable au Fonds national suisse de la recherche scientifique, a annoncé en 2022 la suspension de tous les projets de collaboration bilatéraux avec la Chine, en raison des nouvelles législations sur la protection des données qui compliquent la recherche.
Peut mieux faire
Les chercheurs appellent à un soutien accru de la part de Berne, soulignant que la Chine est la deuxième économie mondiale et un partenaire commercial clé pour la Suisse.
Les données du FNS montrent que la collaboration scientifique avec la Chine a chuté, passant de 70 projets de recherche par an entre 2015 et 2018 à seulement 30 en 2025.
Les chercheurs estiment qu’il est crucial de renforcer les efforts de recherche sur la Chine pour éviter des décisions basées sur des informations incomplètes ou biaisées.
Source : Swissinfo
