Les réseaux de chaleur : une alternative au chauffage au gaz ?
Sortir la Belgique du gaz en équipant tous les logements de pompes à chaleur individuelles est jugé irréalisable. Les réseaux de chaleur collectifs devront couvrir au moins 30 % de la demande de chaleur. Cependant, leur déploiement progresse lentement. « Un réseau de chaleur est la meilleure façon d’embarquer tout le monde dans la transition énergétique », souligne un expert.
Sur une carte de l’Europe indiquant le degré de dépendance des pays de l’UE aux importations d’énergie, la Belgique apparaît en rouge foncé. Le Danemark, en revanche, est le seul pays en bleu, ayant réussi à devenir exportateur d’énergie. Cela est en partie dû à l’essor considérable des parcs éoliens en mer, mais également à une autre raison, moins souvent évoquée : le déploiement des réseaux de chaleur. Environ deux tiers des logements en Belgique sont raccordés à un de ces réseaux.
Un réseau de chaleur transporte, par un maillage de conduites, la chaleur issue souvent de l’industrie lourde vers des quartiers résidentiels. « La technologie est aussi vieille que les Romains », explique Dirk Vanhoudt, de l’institut de recherche indépendant VITO. « On envoie de l’eau chaude dans des tuyaux enfouis sous les rues. Ce n’est pas sorcier. La seule question est de savoir qui va financer les investissements. »
Actuellement, les réseaux de chaleur ne couvrent qu’environ 3 % de la demande totale de chaleur en Belgique. Cependant, Dirk Vanhoudt voit de nombreuses possibilités dans les villes où se trouvent encore de nombreuses usines. « Anvers est le deuxième plus grand cluster pétrochimique au monde. L’énorme quantité de chaleur résiduelle qui en émane est souvent perdue dans l’air. En récupérant cette chaleur, on peut éviter d’énormes émissions de CO2 provenant des logements actuellement chauffés au gaz. »
D’ici à 2030, 33 500 logements devront être raccordés au chauffage urbain à Anvers. La ville est en train d’aménager un réseau de chaleur dans les quartiers de Rozemaai et de Luchtbal. En Wallonie, Herstal a été la première à inaugurer un réseau de chaleur, qui redirige la chaleur résiduelle d’un incinérateur de déchets vers des logements et des équipements publics. À terme, 20 000 ménages devraient y être raccordés.
La chaleur résiduelle de l’industrie, des incinérateurs de déchets ou des data centers pourrait, selon les estimations, couvrir 10 % de la demande totale de chauffage en Belgique. D’autres sources, comme l’aquathermie, exploitent la chaleur des eaux de surface. À Courtrai, Kaai City est le premier grand projet en Flandre, où la Lys permettra de chauffer plus de 100 appartements et 200 chambres d’étudiants.
Cependant, plusieurs défis subsistent. Jantine Claus, d’une organisation climatique néerlandaise, souligne que de nombreux projets échouent à cause de l’inflation, qui augmente les coûts des réseaux de chaleur. En outre, la nécessité d’une pompe à chaleur pour relever la température de l’eau prélevée dans les rivières ou lacs pose des questions sur la rentabilité, car l’électricité est plus chère que le gaz en Belgique.
Les pouvoirs publics doivent investir davantage dans le déploiement des réseaux de chaleur pour garantir une transition énergétique équitable. Selon Dirk Vanhoudt, leur part dans l’approvisionnement en chaleur devrait augmenter de manière significative, atteignant potentiellement 30 à 50 %. Pour y parvenir, des investissements massifs sont nécessaires, sinon la Belgique risque de ne pas atteindre ses objectifs climatiques. Copenhague a été entièrement équipée en 20 ans, et la Belgique doit également planifier concrètement son déploiement.
Source : VITO, Le Vif



