Deuil périnatal : “L’école est démunie pour recevoir les enfants qui ont perdu un frère ou une sœur”

Deuil périnatal : L’école est démunie pour recevoir les enfants qui ont perdu un frère ou une sœur

Dans les petites classes, un exercice récurrent consiste à dessiner sa famille ou son arbre généalogique. Pour de nombreux enfants, cela semble évident. Cependant, pour certains, cet exercice soulève une question délicate : doit-on inclure un frère ou une sœur décédée avant la naissance, un enfant dont le nom n’a jamais été évoqué à l’école ?

Chaque année, près de 7 000 enfants en France meurent avant, pendant ou juste après la naissance, selon des statistiques officielles qui prennent en compte les pertes au-delà de vingt-deux semaines d’aménorrhée. De nombreuses familles ayant subi cette perte ont par la suite d’autres enfants, qui grandissent en intégrant dans leur histoire un aîné qu’ils n’ont pas connu. À l’école, ces enfants évoquent souvent ce frère ou cette sœur comme une réalité familière.

Cependant, l’institution scolaire ne dispose d’aucun cadre pour les accueillir. Les enseignants ne reçoivent pas de repères pour répondre à un enfant évoquant ce deuil, et les camarades n’ont pas les mots pour écouter sans se figer. En l’absence de cadre, tout dépend de l’aisance de l’adulte présent : certains changeront de sujet pour éviter une maladresse, d’autres poseront des questions inappropriées devant la classe. Le plus souvent, l’enfant se retrouve confronté à un silence gêné, ou à l’idée implicite que certains sujets sont à éviter à l’école.

Ce silence a des conséquences. Il enseigne aux enfants à taire une partie de leur histoire familiale, les poussant parfois à se déclarer fils ou fille unique, car c’est ce que l’on attend d’eux. Une perte déjà difficile à vivre à la maison devient, à l’école, un sujet tabou. L’invisibilité de cette réalité se transmet d’une génération à l’autre, non par choix, mais par l’absence d’un espace pour en parler.

L’école a pourtant montré qu’elle pouvait s’adapter à d’autres réalités familiales, telles que les familles recomposées ou monoparentales, qui ont progressivement trouvé leur place dans les manuels scolaires. Cela prouve que l’institution est capable d’accueillir ce qui lui semble déconcertant, pour peu qu’on lui fournisse les moyens nécessaires.

Il ne s’agit pas d’accuser les enseignants, qui n’ont pas choisi cette lacune. La solution est simple : il suffirait de quelques repères dans la formation des enseignants, d’un album accessible en classe ou d’une phrase appropriée à offrir lorsqu’un enfant se confie. Des associations spécialisées dans le deuil périnatal proposent déjà des ressources, qu’il faudrait intégrer dans le système éducatif.

Le jour où un enfant pourra dessiner, sans hésitation, le frère ou la sœur qu’il n’a pas connu, et où la classe saura comment accueillir ce nom, l’école aura fait un pas important vers une intégration ordinaire de cette réalité. Nommer ce qui manque, c’est déjà commencer à le reconnaître.

Source : Nouvel Observateur

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