C’est quoi la suite ? Autoriser les grenades ?
Les sénateurs français ont adopté, le 2 juillet, l’article 14 du projet de loi d’urgence agricole, qui renforce les mes de lutte contre la prédation du loup. Ce texte, controversé, vise à répondre aux préoccupations des éleveurs, confrontés à une augmentation des attaques sur leurs troupeaux.
Avec ce nouvel article, le gouvernement tire parti du changement de statut juridique du loup au niveau européen. En mars 2025, le loup a été reclassé d’« espèce strictement protégée » à « espèce protégée », permettant ainsi une régulation plus souple de sa population. Les mes de lutte contre la prédation, jusqu’alors définies par arrêté ministériel, sont désormais inscrites dans la loi.
Mathieu Lefèvre, ministre délégué auprès de la ministre de la Transition écologique, a souligné l’évolution de la prédation en France, avec 4 440 attaques signalées en 2025 et près de 13 000 victimes, représentant une augmentation de 15 % par rapport aux années précédentes.
Les débats au Sénat ont révélé un consensus sur la nécessité d’un meilleur encadrement du loup, mais les méthodes proposées ont suscité des divisions. Les écologistes ont critiqué la majorité sénatoriale pour son approche, jugée excessive et risquant d’éradiquer le prédateur. Guillaume Gontard, président du groupe écologiste, a déclaré : « Vous n’apportez aucune solution à la détresse des éleveurs à part leur mettre des fusils entre les mains. »
Tirs dérogatoires et lunettes de détection thermique
La majorité sénatoriale a déjà renforcé certaines dispositions votées à l’Assemblée nationale, notamment en assouplissant le régime des tirs dérogatoires et en autorisant l’utilisation de lunettes de détection thermique pour les éleveurs. Le texte élargit aussi les critères de calcul du plafond de destruction du loup, prenant désormais en compte le niveau de prédation. Cependant, le principe de « présomption de légitimité du tir de défense » a été écarté pour des raisons juridiques.
Les modifications apportées ont été confirmées en séance, avec l’adoption d’amendements autorisant certains tirs préventifs sans condition d’attaque préalable, et permettant le report des quotas annuels de prélèvement.
« Il n’est pas question d’éradication mais d’une maîtrise de la population lupine »
Les critiques se sont intensifiées, le Conseil d’État ayant jugé que certaines dispositions n’étaient pas nécessaires. Guillaume Gontard a dénoncé le manque de respect pour la hiérarchie des normes, tandis que Michaël Weber, socialiste, a plaidé pour des solutions alternatives à l’éradication du loup.
Les élus de droite ont réagi en affirmant que l’objectif n’était pas l’éradication, mais une régulation de la population lupine. Pierre Cuypers, rapporteur, a précisé : « Nous ne remontons pas au Moyen Âge, nous voulons un équilibre territorial. »
Jean-Claude Tissot, éleveur et socialiste, a exprimé des doutes sur la cohabitation entre loups et brebis, tandis que Daniel Salmon, écologiste, a noté qu’un certain nombre de dégâts seraient inévitables.
42,8 millions d’euros dépensés en 2025 pour la gestion du loup
Les écologistes ont plaidé pour un renforcement des mes de protection, sans succès. Henri Cabanel, RDSE, a souligné que la régulation était inévitable, tandis qu’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, a affirmé que la protection ne fonctionnait pas dans certains territoires.
Dominique Estrosi Sassone, présidente LR de la commission des affaires économiques, a révélé que la gestion du loup représentait 42,8 millions d’euros en 2025, un chiffre doublé par rapport à 2016.
Source : Public Sénat.
