Retrouver le plaisir simple du canapé : l’irrésistible revanche du retrogaming

Si Mario, Pac-Man et Space Invaders font toujours rêver, les boutiques physiques, elles, ferment les unes après les autres. Vingt ans après l’âge d’or, comment les derniers magasins indépendants se réinventent-ils pour éviter le « Game Over » ?

Le pixel vintage n’a jamais eu autant la cote. En Bourgogne, deux commerçants indépendants ont fait de la passion des vieilles consoles de jeux le cœur de leur métier. À Dijon, Michaël Perret cogère une enseigne devenue incontournable, tandis qu’à Chalon-sur-Saône, Émilien Fauconnier fait vibrer la même corde sensible chez les amateurs de manettes d’époque. Ensemble, ils incarnent la vitalité du retrogaming, un loisir qui attire désormais aussi bien les joueurs occasionnels que les collectionneurs les plus acharnés.

Michaël Perret, cogérant du magasin « Street of Cash » à Dijon, souligne : « On a des clients qui nous suivent depuis 16 ans. Des gens qui ont aujourd’hui entre 40 et 50 ans, voire plus, qui ont connu ces jeux, qui ne les ont jamais lâchés et qui continuent à venir pour collectionner. » Sa boutique est une véritable caverne d’Ali Baba, où les passionnés peuvent dénicher des milliers de jeux rétro, remplissant des étagères de souvenirs d’enfance et de raretés.

L’univers des jeux vidéo a longtemps traîné une réputation exclusive, mais le profil des acheteurs s’est diversifié. Émilien Fauconnier, gérant du magasin Game Ever à Chalon-sur-Saône, ajoute avec humour : « Hommes, femmes. la majorité reste des hommes, mais il y a aussi beaucoup de femmes qui collectionnent. »

Apparue à la fin des années 1990, la mode du retrogaming a d’abord accompagné l’essor des consoles de nouvelle génération. Toutefois, les boutiques indépendantes ont dû faire face à un déclin rapide avec l’arrivée massive des jeux dématérialisés. Pour survivre, ces commerçants ont dû faire preuve d’agilité et diversifier leurs activités.

Michaël Perret explique : « On a toujours ciblé cet univers retrogaming comme noyau de notre activité et, à côté de ça, on a développé des univers concomitants, comme des licences de films ou de livres. » Cette diversification inclut des figurines de personnages de mangas ou de super-héros, attirant ainsi un nouveau public.

Émilien Fauconnier, autodidacte, s’est transformé en technicien capable de réparer toutes les machines, de l’Atari 2600 à la dernière PlayStation. Son expertise lui confère un rayonnement national. « 80 % de nos clients viennent en magasin, mais nous recevons aussi des colis de toute la France. Certains veulent faire réparer leur console coûte que coûte car elle est liée à des souvenirs précieux, » indique-t-il.

Alors que la prochaine génération de consoles pourrait marquer la fin des lecteurs physiques, une question se pose : quel avenir pour le retrogaming ? Selon Guillaume Montagnon, historien du jeu vidéo, la disparition progressive des pièces de rechange pourrait entraîner celle des vieilles consoles, mais pas la passion pour le jeu vidéo. « Les anciennes machines avaient beaucoup de contraintes techniques qui incitaient le développement créatif, » analyse-t-il. « C’était aussi retrouver un plaisir simple avec des amis sur un canapé plutôt qu’en ligne, à distance. »

Pour beaucoup, le jeu vidéo ancien pourrait connaître un sort similaire à celui du disque vinyle, avec des entreprises rééditant des opus emblématiques et proposant de nouveaux jeux pour des machines anciennes. Michaël Perret anticipe : « Plus on avance, plus on se dirige vers un objet physique un peu rare qui va toucher les collectionneurs. »

Source : France 3 Régions

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