Le MAHJ révèle l’œuvre textile de Noa Eshkol, pionnière de la danse moderne
« Mon but : je veux danser, danser, danser pour toujours et continuer à danser », affirmait Noa Eshkol. Cette pionnière de la danse moderne, encore largement méconnue, a mené une double vie artistique en tant que chorégraphe et artiste textile prolifique. Le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) à Paris met actuellement en lumière son parcours à travers une rétrospective passionnante, la première monographie consacrée à son œuvre en France.
Dès la première salle de l’exposition, les créations de Noa Eshkol, aux couleurs chatoyantes, prennent des allures de tapis volants. Un film en noir et blanc projette des répétitions de la chorégraphe entourée de danseurs dans son studio de Holon, en banlieue de Tel-Aviv. Cet instantané illustre son approche minimaliste, éloignée de l’exubérance de ses créations textiles.
Née en 1924 au kibboutz Degania Bet, Noa Eshkol s’éloigne rapidement des enseignements de la danse expressionniste pour tracer sa propre voie, inspirée par la danse moderne américaine, notamment par Martha Graham. En 1954, elle fonde sa propre compagnie, le Chamber Dance Quartet, aujourd’hui connu sous le nom de Chamber Dance Group.
Avec l’architecte et danseur Avraham Wachman, elle développe un système de notation de la danse, permettant de retranscrire une chorégraphie sur papier, un aboutissement de plusieurs années de recherche. Ce système, baptisé EWMN, est présenté à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958.
C’est dans un contexte de guerre, lors de la guerre de Kippour en 1973, que Noa Eshkol se tourne vers la création textile. Elle récupère des chutes de tissu dans les ateliers de Tel-Aviv, composant ses œuvres sur le sol de son studio. Son credo est simple : « Pas de règles, pas de théorie – seulement la passion. » Elle ne donne un titre à ses œuvres qu’une fois terminées.
L’œuvre de Noa Eshkol comprend près de 1 800 pièces, qu’elle appelle ses « wall carpets ». Ces tapis muraux, foisonnants de motifs et de couleurs, vibrent à la surface des cimaises, oscillant entre abstraction et figuration. Bien qu’elle n’ait jamais cherché à théoriser son travail textile, on y perçoit l’influence de l’expressionnisme abstrait américain et des Fauves.
De ces assemblages surgissent des paysages évoquant son histoire personnelle, tels que le « Plateau du Golan » (1990) ou « Village en Ukraine » (1998). Sa passion pour la danse demeure présente dans ses œuvres, comme en témoigne « A Big Kolo » (1978), inspirée d’une danse folklorique des Balkans.
La rétrospective consacrée à Noa Eshkol se déroule du 16 avril au 30 août 2026 au MAHJ, situé au 71 Rue du Temple, 75003 Paris.
Source : Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ)
