Le courage d’entreprendre, de reprendre, de passer la main
À l’heure où la Rencontre des Entrepreneurs de France place le courage au cœur de ses débats, il est crucial de se demander : quel type de courage est réellement nécessaire ? Si la création d’une entreprise est souvent célébrée, la pérennité de celle-ci constitue un défi bien plus complexe dans un contexte économique marqué par des crises répétées et des transitions rapides.
Faire durer une entreprise exige au moins quatre formes de courage.
La première est celle d’entreprendre. Investir dans un environnement incertain, recruter alors que la prudence suggère d’attendre, innover sans garantie de succès : le courage économique se manifeste par la capacité à prendre des décisions quand les réponses sont floues. En moyenne, il faut 21 ans à une PME pour évoluer en ETI (Entreprise de Taille Intermédiaire). De plus, les nouvelles générations, souvent perçues comme hésitantes, aspirent à entreprendre et innover, à condition que la performance soit accompagnée d’une responsabilité sociale et environnementale.
La seconde forme de courage est celle de transmettre. La transmission ne se limite pas à un simple transfert juridique ou financier; elle implique de confier progressivement des responsabilités et d’initier un dialogue entre les générations. D’ici dix ans, près d’une entreprise familiale sur deux devra organiser sa transmission, mais près de 40 % des dirigeants concernés n’ont encore engagé aucune démarche.
Le troisième aspect est le courage de reprendre. Reprendre une entreprise n’est pas une tâche aisée : cela implique d’assumer un projet, des équipes et des clients, tout en étant prêt à faire évoluer un modèle existant. Ceux qui reprennent apportent souvent une vision nouvelle et une sensibilité accrue aux enjeux numériques et sociétaux. Près de 60 % des nouveaux dirigeants redéfinissent leur projet stratégique.
Enfin, le courage de développer est essentiel. Chaque génération hérite d’une entreprise Sa responsabilité est de la renforcer plutôt que de la conserver telle quelle. Près de 90 % des nouveaux dirigeants estiment que la pérennité de leur entreprise est améliorée après la transmission, qui n’est pas un point final mais plutôt le début d’un nouveau cycle.
Les entreprises familiales, qui représentent 71 % des entreprises françaises hors TPE, illustrent cette dynamique. Elles détiennent 69 % des emplois et 65 % de la valeur ajoutée. Leur force ne réside pas seulement dans leur capital, mais dans leur capacité à prendre des décisions sur le long terme. En période de recul économique, elles réduisent leurs effectifs moins drastiquement que d’autres types d’entreprises.
Actuellement, près de 500.000 dirigeants en France ont plus de 60 ans, ce qui représente environ trois millions d’emplois concernés par les transmissions à venir. La manière dont ces transmissions seront gérées aura un impact significatif sur la compétitivité et la souveraineté économique du pays.
Le courage n’est pas un acte isolé, mais une chaîne de responsabilités qui traverse les générations : entreprendre, transmettre, reprendre et développer. La pérennité d’une entreprise dépend de la volonté collective de plusieurs générations d’en faire croître la valeur.
Source : La Tribune



