Mais pourquoi l’Amérique ne veut plus bosser ?
Derrière la baisse trompeuse du chômage américain, une tendance préoccupante se dessine : un nombre croissant d’Américains quittent la population active. Ce phénomène, qui s’exprime à travers des retraites anticipées, du découragement et des contraintes familiales, inquiète les économistes.
Ce jeudi, l’annonce d’une baisse du taux de chômage aux États-Unis pour juin, qui est tombé à 4,2 %, aurait pu sembler positive. Cependant, cette amélioration masque une réalité moins encourageante. Selon les données du Bureau of Labor Statistics, ce recul s’explique principalement par un nombre croissant de personnes qui ont quitté le marché du travail, plutôt que par une hausse de l’emploi.
Le taux de participation à la population active, qui me la part des personnes en âge de travailler ayant un emploi ou en recherchant un, est tombé à 61,5 %, son niveau le plus faible depuis mars 2021. Pour mettre cela en perspective, il était de 67 % en 2000 et de 63,3 % en 2019. En excluant la période exceptionnelle de la pandémie, il s’agit même du taux le plus bas observé depuis 50 ans.
Cette situation contraste fortement avec l’Europe, où les taux d’emploi sont parmi les plus élevés historiquement. En France, par exemple, le taux d’emploi des 15-64 ans a atteint 69,5 % au premier trimestre 2026, son plus haut niveau depuis 1975.
Un million de personnes en moins en un an
Pour Mike Reid, responsable de l’économie américaine chez RBC, cette évolution est préoccupante. En juin, la population active a diminué de 720 000 personnes. Dans le même temps, le nombre de personnes considérées comme ne faisant pas partie de la population active a augmenté de 832 000. Cette tendance suggère qu’une partie des demandeurs d’emploi renonce à poursuivre ses recherches.
Sur l’année écoulée, la population active a reculé de plus d’un million de personnes, tandis que le nombre de personnes employées a diminué de 1,06 million. Le ratio emploi-population totale est ainsi tombé à 59 %, son niveau le plus faible depuis octobre 2021.
De nombreux économistes ne se fient plus au taux de chômage, qui reste stable, mais se concentrent sur le taux de participation. Dan North, économiste en chef pour l’Amérique du Nord chez Allianz, souligne que cette baisse est un indicateur bien plus significatif.
Des chiffres « préoccupants »
La diminution de la participation au marché du travail est souvent attribuée aux départs à la retraite des générations du baby-boom et de la génération X, ainsi qu’au ralentissement de l’immigration. Cependant, les données de juin remettent en question cette explication, car la plus forte baisse concerne les travailleurs âgés de 25 à 54 ans, dont le taux de participation a reculé à 83,3 %, son plus bas niveau depuis décembre 2023.
Heather Long, économiste en chef de Navy Federal Credit Union, note que le secteur de l’hôtellerie-restauration a également supprimé de nombreux postes, ce qui complique la situation sur le marché du travail.
De quoi vivent ces Américains ?
La situation des Américains sortis du marché du travail est hétérogène. Les personnes qui renoncent à chercher un emploi vivent souvent grâce au revenu de leur conjoint, à des prestations d’invalidité ou à des aides sociales. De plus, la hausse de la durée des études a retardé l’entrée des jeunes sur le marché du travail.
Pour les travailleurs de 25 à 54 ans, la sortie de la population active est souvent liée au découragement ou à l’inadéquation entre les compétences et les emplois disponibles. L’absence de politiques favorisant l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, comme les congés parentaux rémunérés ou des services de garde abordables, contribue également à ce retrait, en particulier pour les femmes.
Cette dynamique soulève des questions sur l’avenir du marché du travail aux États-Unis et ses implications sur l’économie.
Source : Bureau of Labor Statistics, CNBC, Wall Street Journal.
