ADHD et Avantage Créatif Surprenant : Une Nouvelle Perspective
Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) touche des millions de personnes, rendant plus difficile la concentration, le contrôle des impulsions et l’attention soutenue au quotidien. Cependant, des traits associés à ce trouble se retrouvent également chez des artistes et innovateurs de renom, tels que Justin Timberlake et Simone Biles. Une recherche récente menée par la neuroscientifique Dr. Radwa Khalil de l’Université Constructor examine la science derrière cette apparente contradiction.
Publiée dans la revue iScience, l’étude explore le chevauchement neurologique entre attention et créativité. Elle suggère que certains processus mentaux liés au TDAH, comme l’attention diffuse, peuvent également favoriser la pensée créative lorsqu’ils sont orientés de manière productive. Les résultats ouvrent la voie à l’idée que des activités créatives telles que l’art, la musique et la danse pourraient servir d’interventions non pharmacologiques pour près de 8 % des enfants dans le monde affectés par le TDAH.
Cette recherche, coécrite par des chercheurs de plusieurs institutions de recherche françaises prestigieuses, reflète un effort plus large pour reconsidérer la compréhension du TDAH. Dr. Khalil souligne : « Il y a une tendance à voir les conditions liées à l’attention comme un pur déficit : ce qui ne va pas, ce qui manque, ou ce qui doit être corrigé. » Bien que le TDAH soit souvent perçu comme un trouble caractérisé par des difficultés, des recherches émergentes montrent que l’attention et la créativité reposent sur des réseaux neuronaux similaires.
L’étude, intitulée Attention Unleashed: creative therapy for thoughtful transformation, regroupe des résultats issus de plusieurs domaines de recherche pour démontrer comment les systèmes cérébraux impliqués dans l’attention se chevauchent avec ceux liés à la créativité. Les chercheurs mettent en avant la pensée libre-associative comme exemple de cette connexion. La capacité de laisser les idées évoluer dans des directions inattendues peut contribuer à des aperçus créatifs, mais ces mêmes schémas sont également associés à la distractibilité, à l’errance mentale et à d’autres comportements fréquemment observés chez les personnes atteintes de TDAH.
Dr. Khalil décrit cette relation en utilisant l’image d’un projecteur : « Pensez à l’attention comme un projecteur. La plupart des gens peuvent concentrer leur faisceau sur une seule chose. Les cerveaux des personnes atteintes de TDAH ont un projecteur plus large, prenant en compte plus d’informations à la fois. Cette condition peut rendre les tâches routinières nécessitant de la concentration difficiles. Cependant, cette vue plus large, ou ‘attention diffuse’, encourage également la pensée exploratoire et les nouvelles combinaisons d’idées, qui alimentent la créativité. »
Les chercheurs estiment que cette connexion pourrait avoir des implications pratiques pour le TDAH et les troubles connexes. Les activités créatives, telles que l’art, la musique, la danse, l’écriture et les jeux, pourraient fournir aux personnes atteintes de TDAH des moyens structurés pour diriger et explorer leur attention diffuse. Ils suggèrent également que s’engager dans des travaux créatifs pourrait aider à renforcer les réseaux neuronaux impliqués dans le contrôle de l’attention, potentiellement en remodelant les schémas associés à l’impulsivité et à l’hyperactivité.
Malgré ces perspectives prometteuses, les chercheurs soulignent que la relation entre créativité et attention n’est pas encore totalement comprise. Pour combler ces lacunes, l’étude propose un cadre pour de futures recherches, incluant une collaboration interdisciplinaire accrue, de nouvelles approches méthodologiques et des études longitudinales pour suivre les changements au fil du temps. Dr. Khalil argue qu’un changement majeur dans le traitement du TDAH nécessitera un effort de recherche global rassemblant neuroscientifiques, art-thérapeutes, cliniciens et autres spécialistes.
Source : iScience

