Le nouveau phénomène qui fait vibrer la mode : la performance
Au 10, place des Vosges, pendant la Fashion Week masculine parisienne, Balenciaga ne propose ni sac collector ni flûte de champagne. À la place, des smoothies protéinés, des boissons énergisantes et des compléments destinés à optimiser la récupération. Pensé autour de sa nouvelle ligne technique, le pop-up Body & Being met en scène bodies ajourés, cyclistes anti-UV, coupe-vent réfléchissants et vestes de tailoring dans un même espace. Ici, les matières performantes dialoguent avec les savoir-faire couture, les vêtements techniques se glissent sous des manteaux impeccablement coupés. Plus qu’un lancement de collection, la scène raconte une véritable mutation. Désormais, la mode ne se contente plus d’habiller le corps, elle s’intéresse à tout ce qui le façonne.
Cette saison, ce vocabulaire issu du sport irrigue les podiums. Chez Gucci, Demna associe leggings-string et T-shirts moulants à des escarpins et des it-bag. Stella McCartney revisite le vestiaire équestre, MM6 ou Off-White ressuscitent les vestes de survêtement rétro. Même Valentino met en scène une jeunesse dorée en jogging et lavallière. Mais si le sport est partout, il n’est jamais au premier degré. « Le corps avait un peu disparu. Avec cette tendance inspirée de l’athlei, il redevient lisible », observe Thomas Zylberman, styliste et consultant tendances au bureau Carlin Creative. Après plusieurs saisons dominées par le quiet luxury ou les silhouettes ladylike, les créateur-ice-s retrouvent le goût d’une allure plus « bodyconscious ».
Pour Thomas Zylberman, cette bascule traduit une véritable « californisation » de la mode, à savoir l’importation d’un imaginaire venu de la côte ouest américaine, où bien-être, performance et optimisation de soi sont devenus des marqueurs de réussite. Les maisons investissent ainsi le sport, le sommeil ou la pleine conscience, à l’image de la ligne Haute Wellness de Dior. Selon le Global Wellness Institute, le marché mondial du bien-être est estimé à 6 300 milliards de dollars en 2023 et devrait atteindre 9 trillions de dollars en 2028.
Cette tendance témoigne d’une évolution des modes de vie, où le confort devient un critère majeur pour le luxe. Les créateur-ice-s imaginent un vestiaire hybride où les matières techniques investissent le tailoring, et où les silhouettes près du corps, longtemps cantonnées aux activités sportives, s’affichent désormais dans des contextes variés.
Source : Marie Claire

