La mode sur me : digitalisation et upcycling, les clés de sa renaissance
Le sur-me, autrefois norme jusqu’au XIXe siècle, semble aujourd’hui retrouver une place prépondérante dans l’univers de la mode, alors que la fast fashion subit des critiques croissantes. L’historienne de la mode Catherine Örmen souligne que « le sur-me retrouve du sens » dans un contexte où les initiatives pour une mode plus responsable se multiplient. Elle précise qu’il s’agit moins d’un retour que d’un « changement de regard ».
Historiquement, le vêtement était conçu pour une silhouette unique, encadré par des corporations qui interdisaient aux tailleurs de vendre des pièces confectionnées à l’avance. Les plus riches commandaient des vêtements sur me, tandis que les autres se tournaient vers l’occasion. Les marchandes à la toilette jouaient un rôle clé, ajustant et embellissant des vêtements pour de nouvelles propriétaires.
L’arrivée de la confection en 1830 et la naissance de la haute couture avec Charles Frederick Worth en 1857 bouleversent ce système. Le sur-me devient un « symbole d’exception ». Jusqu’aux années 1960, la haute couture, réservée à quelques maisons, domine avant que le prêt-à-porter ne prenne le relais, notamment grâce à des créateurs comme Yves Saint Laurent.
Les années 1970 marquent un changement dans la relation entre le corps et le vêtement, avec l’introduction de matières plus souples comme le lycra. Cela coïncide avec la généralisation des tailles standardisées, tandis que le vêtement devient un moyen d’expression personnelle. Dans les années 1980, certains créateurs relancent la pièce unique en transformant des vêtements existants, un phénomène lié à l’upcycling.
Aujourd’hui, le sur-me évolue grâce aux ateliers de couture, à la retouche et aux créateurs indépendants, ainsi qu’à l’intégration de technologies numériques. Des innovations telles que l’intelligence artificielle et l’impression 3D promettent des vêtements plus adaptés. Cependant, Catherine Örmen note que « le sur-me pur reste de l’ordre du privilège », bien que la lingerie s’approche de ce modèle avec une diversité accrue de tailles et de formes. Elle conclut en affirmant que « l’avenir, c’est d’avoir moins de choses, mieux faites et à nos mes ».
Source : La Provence, Catherine Örmen
