La souveraineté européenne passera-t-elle par le hardware open source ?

La souveraineté européenne passera-t-elle par le hardware open source ?

Le débat sur la souveraineté technologique européenne s’intensifie, notamment face à la dépendance croissante aux technologies propriétaires américaines dans le domaine du hardware. Cette situation soulève des questions critiques sur la capacité de l’Europe à sécuriser son avenir technologique.

Avec le retour au pouvoir de Donald Trump et ses menaces vis-à-vis de l’Europe, la dépendance technologique du Vieux continent est de nouveau au centre des préoccupations. Les discussions se concentrent sur deux enjeux principaux : d’une part, l’usage de logiciels américains, notamment dans les domaines du SaaS et des modèles d’intelligence artificielle, et d’autre part, la nécessité de développer des infrastructures technologiques locales, telles que des usines de semi-conducteurs et des centres de données.

Le hardware open source : késako ?

Une dimension souvent négligée dans ce débat est le contrôle des outils de conception et des architectures de puces qui soutiennent la production technologique. Le mouvement Open Source Hardware (OSH) vise à combler cette lacune. Selon l’Open Source Hardware Alliance (OSHWA), l’OSH se définit comme un matériel dont le design est accessible au public, permettant à quiconque de l’étudier, le modifier, le distribuer, le fabriquer et le vendre.

Cette approche implique que le code source, incluant les spécifications de conception et la documentation, soit publié dans un format modifiable. L’OSH doit également favoriser le partage et la réutilisation de la technologie ouverte, sans discrimination d’usage ni d’utilisateur.

Open source et semi-conducteurs

Dans le secteur des semi-conducteurs, le silicium open source représente une avancée significative. Cette catégorie inclut des cœurs de processeurs et des composants système-sur-puce dont la conception est entièrement ouverte. L’architecture RISC-V, gérée par une organisation à but non lucratif en Suisse et regroupant plus de 4 500 membres, permet la conception et la fabrication de microprocesseurs sans redevances.

Avant l’émergence de RISC-V, les acteurs européens étaient entièrement dépendants de technologies étrangères pour leurs processeurs. La possibilité de concevoir des puces sans obstacles juridiques constitue une avancée majeure pour l’autonomie technologique de l’Europe.

Open source et centres de données

L’OSH est également crucial pour les centres de données, un domaine essentiel à l’ère de l’intelligence artificielle. La possession de modèles comme Mistral ne suffit pas sans les infrastructures nécessaires pour les faire fonctionner. Cela inclut les serveurs, les systèmes de stockage et les équipements réseau. Un écosystème dynamique de startups européennes, telles que Circle B et ScaleUp Technologies, émerge pour répondre à ces défis avec des solutions open source.

L’UE a pris conscience de l’enjeu

Les autorités européennes commencent à prendre conscience de l’importance de l’OSH, illustrée par la création des OSAwards.eu, un projet financé par l’UE. Ce projet vise à établir une Académie européenne de l’open source, englobant le matériel et le logiciel open source.

Des initiatives telles que le projet White Rabbit, soutenu par l’UE et hébergé au CERN, visent à développer des technologies de synchronisation ultra-précise, réduisant ainsi la dépendance à des systèmes de géopositionnement par satellite.

Matériel et logiciel : des frontières de plus en plus poreuses

La convergence entre matériel et logiciel ouvre des perspectives prometteuses pour l’OSH. Selon Johan Linaker, expert en technologies ouvertes, il est essentiel de considérer le matériel et le logiciel comme des entités interdépendantes. Le développement de solutions open source dans ces deux domaines pourrait offrir des alternatives viables face à la dépendance technologique actuelle.

En conclusion, la souveraineté technologique européenne pourrait bien passer par le développement du hardware open source, permettant à l’Europe de réduire sa dépendance aux technologies étrangères et de renforcer son autonomie.

Source : JDN

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